Au XVIIe siècle, le Massachusetts est une colonie prospère et un refuge pour les puritains qui fuient les persécutions dont ils font l’objet en Angleterre. Harcelés continuellement par les Français et les Indiens, les colons anglais n’en fondent pas moins des villes florissantes, comme Salem, non loin de Boston. Mais ces conflits permanents font jaillir un climat d’angoisse.
L'histoire des soi-disant "sorcières de Salem" est connue, mais jamais on ne s'est penchée en album sur la personnalité de ces jeunes femmes et des mécanismes qui ont conduit un village à s'en prendre à elles par pur fanatisme religieux...
Ces célèbres procès qui agitèrent le petit bourg de Salem, dans le Massachusetts, débutèrent à l’hiver 1692-1693. À leur terme, 141 suspects, hommes et femmes, furent reconnus coupables de sorcellerie. Dix-neuf furent pendus, une fut lynchée à mort et plusieurs autres périrent dans des geôles épouvantables.
Alors, comment tout ça a commencé à Salem? Imaginez un village rempli de tensions sociales, religieuses, et politiques, où chacun scrute son voisin d'un œil méfiant. Dans ce contexte déjà explosif, en 1692, la fille et la nièce du révérend Samuel Parris, Betty et Abigail, se mettent soudainement à avoir des comportements pour le moins étranges : elles rampent au sol, se tordent de douleur et hurlent sans raison.
En janvier 1692, sa fille de neuf ans, Elizabeth, et sa nièce Abigail Williams, âgée de onze ans, commencèrent à faire des sortes de « crises » après avoir joué à des jeux de divination. La doctrine puritaine considérait de tels amusements comme pernicieux. Dans ce cas précis, les fillettes avaient laissé tomber un blanc d'œuf dans un verre d'eau et interprété les formes qui s’étaient dessinées comme des indications sur les professions de leurs futurs maris.
Lire aussi: Vengeance féminine au cinéma
"L'Examen d'une sorcière", illustration de 1876 par Howard Pyle.
Après avoir décelé une forme de cercueil dans l'un des verres, les jeunes filles commencèrent à se comporter de manière étrange. Au cours de ces épisodes, elles émettaient des bruits forts et incohérents, comme des aboiements, pleuraient et tombaient sur le sol, le corps secoué de mouvements a priori involontaires. Le médecin de la ville fit le diagnostic suivant : elles étaient sous l’emprise d’une « main maléfique », c'est-à-dire qu'elles étaient sous le maléfice ou la malédiction d'une sorcière qui laissa le diable les posséder. Les actes de sorcellerie et les interactions avec le diable étaient considérés comme des crimes au regard de la loi du Massachusetts. Le comportement des jeunes filles se mua ainsi rapidement en affaire judiciaire.
Les Accusations et les Procès
Le verdict tombe rapidement : la sorcellerie ! Et comme tout bon mystère, on cherche les coupables. Trois femmes marginalisées sont alors accusées : Sarah Good, une mendiante, Sarah Osborne, qui n’avait pas mis les pieds à l’église depuis des lustres, et Tituba, l’esclave de Parris, originaire des Caraïbes. Accusées de jeter des sorts, elles sont pointées du doigt comme les responsables de tous les malheurs du village.
Lorsqu'elles furent confrontées à ces accusations, les fillettes rejetèrent la faute sur Tituba, une esclave servant Samuel Parris, clamant qu’elle les avait charmées par la sorcellerie. Tituba n’avait aucunement participé au jeu de divination mais avait concocté un « gâteau de sorcière » avec de l’urine et du seigle pour tenter de guérir les jeunes filles de leur supposée possession. Lorsque Samuel Parris apprit qu’elle avait préparé cela et le leur avait donné à manger, il entra dans une colère noire et la roua de coups. Sous la contrainte, elle avoua avoir pratiqué la sorcellerie, reconnaissant qu'elle était la servante du diable.
En outre, elle affirme qu’il existe de très nombreuses autres sorcières. Les habitants sont effrayés et tous pensent que Satan cherche à détruire la nouvelle terre des puritains. Les magistrats se montrent dès lors implacables face à la sorcellerie, emprisonnant plus de 150 prévenus, dont 19 seront pendus.
Lire aussi: Netflix : Marcel le coquillage, un film à voir ?
Mais pourquoi une telle obsession autour de la sorcellerie ? À l'époque, tout ce qui ne pouvait pas s'expliquer rationnellement - des récoltes ratées à une mort soudaine - était bien souvent attribué à la magie noire. Les gens cherchaient à donner un sens à l'inexplicable, et la sorcellerie semblait être une réponse toute trouvée.
La chasse aux sorcières de Salem, c’est un peu comme une boule de neige qui dévale une montagne : au début, on n’a que quelques accusations, puis tout s’emballe. Ce qui a vraiment fait exploser les choses ? L’acceptation de preuves spectrales. Oui, vous avez bien lu : à Salem, si quelqu’un affirmait qu’un spectre (soit une version fantomatique de vous-même) lui rendait visite pour lui faire du mal, c’était suffisant pour vous accuser de sorcellerie. Imaginez un peu : des témoignages basés sur des rêves ou des visions étaient considérés comme des preuves concrètes ! Résultat ? Les accusations fusent de toutes parts. Même des femmes respectées comme Rebecca Nurse, qui avait toujours été une citoyenne exemplaire, se retrouvent pendues pour avoir soi-disant utilisé leurs pouvoirs surnaturels.
"La mort de Giles Corey" : Corey est mort sous le poids des pierres après avoir refusé de plaider.
Les personnes accusées n'étaient pas présumées innocentes et les condamnations reposaient sur des aveux obtenus sous la contrainte, des rumeurs et même des « preuves spectrales » apparaissant dans les rêves de témoins. Les autorités prenaient également en considération la réputation des prévenus, leur comportement passé et leur corps, recherchant des caractéristiques physiques telles que des grains de beauté ou des griffures qu'elles interprétaient comme des « marques de sorcellerie ».
Au cours de l'été 1692, les accusés sont tous condamnés à mort. Le seul vague espoir d'échapper à l'exécution consiste à plaider coupable et à donner des noms pour espérer que sa peine sera commuée en détention à vie.
Lire aussi: Scandales et Luxe : Les Documentaires Netflix
Le 3 octobre 1692, le révérend Increase Mather, président de l’Université de Harvard et père du célèbre prêtre Cotton Mather, dénonce l’emploi de preuves trop légères et le crédit accordé à des déclarations indémontrables d’ordre surnaturel. « Il vaudrait mieux que dix sorcières accusées s’échappent plutôt qu’un seul innocent soit condamné », affirme-t-il alors.
L'affaire prend une telle envergure que le gouverneur William Phips décide enfin de freiner les ardeurs homicides de son juge itinérant. Encore faudra-t-il que les « possédées » finissent par désigner sa propre femme pour qu'il admette qu'il avait peut-être poussé le bouchon un peu loin… Phips suspend le « tribunal spécial » et le remplace par une cour supérieure. Trois des cinquante-six accusés sont condamnés tout de même, mais Phips les gracie, comme il décide d'absoudre les cinq femmes en instance de pendaison. Quatre au moins étaient enceintes.
En mai 1693, il gracie tous ceux qui se trouvent encore prison pour des accusations de sorcellerie. Avec le temps, certains accusateurs présenteront même des excuses publiques.
Les Conséquences et l'Héritage
Tandis que Abigail et Tituba disparaissent sans laisser de traces -la dernière étant tout simplement vendue pour régler les frais de son emprisonnement-, les familles des accusés se lancent dans un long combat judiciaire pour obtenir réparation. Très long: la dernière personne disculpée, Elizabeth Johnson, ne fut innocentée qu'en… 2022.
Ce fanatisme autour des procès des sorcières de Salem se calma en 1693, sans doute en partie grâce à la prise de position publique de personnalités importantes opposées à ces derniers, comme le pasteur puritain Cotton Mather.
Il fallut des siècles pour que Salem, aujourd'hui destination populaire pour les touristes intéressés par le paranormal, reconnaisse pleinement le sort de ses victimes. Ce n'est qu'en 1957 que les autorités du Massachusetts commencèrent à présenter des excuses pour les procès. La dernière personne qui fut disculpée du crime de sorcellerie à Salem, Elizabeth Johnson Jr, ne fut innocentée qu’en 2022.
Aujourd'hui, l’histoire des sorcières de Salem a pris une dimension presque mythique, et elle est intimement liée à la fête d’Halloween. Chaque année, la ville se transforme en un lieu incontournable pour les amateurs de frissons et de mystères, avec ses rues décorées de citrouilles, de toiles d’araignée et de fantômes rappelant les procès du passé.
Bien que nous ayons choisi d'aborder ce sujet avec une touche légère et ironique, il est essentiel de rappeler que derrière cette histoire qui fait aujourd’hui le bonheur du tourisme de Salem, se cachent de vraies tragédies. Des femmes ont souffert, ont été torturées, et sont mortes dans des circonstances terribles, simplement à cause de superstitions et de rivalités sociales. De nos jours, les femmes continuent d'être persécutées, dénigrées, pour des raisons tout aussi absurdes, et ce, dans de nombreuses régions du monde.
Il est important de se souvenir de cette sombre période de l'histoire pour ne pas répéter les erreurs du passé. La peur, la superstition et le fanatisme peuvent mener à des atrocités, et il est essentiel de promouvoir la tolérance, la raison et la justice.
Les statistiques ne sont qu'un moyen parmi d'autres d’illustrer les tristement célèbres procès des sorcières de Salem. En seulement seize mois, entre février 1692 et mai 1693, un peu moins de deux cents personnes, essentiellement des femmes, furent accusées de pratiquer la sorcellerie à Salem, dans le Massachusetts colonial. Sur toutes ces personnes, près de trente furent condamnées et dix-neuf exécutées par pendaison.
| Période | Nombre d'accusés | Nombre de condamnés | Nombre d'exécutions |
|---|---|---|---|
| Février 1692 - Mai 1693 | ~200 | ~30 | 19 |
Les sorcières de Salem… rien que le nom nous donne des frissons ! Pourtant, derrière ce sombre chapitre de l’histoire américaine se cache une série d’événements presque irréels, dignes des plus grands scénarios de films d’horreur. Comment une petite ville tranquille du Massachusetts s’est-elle transformée en véritable théâtre de la paranoïa ?