Il y a vingt ans, le cardinal Lustiger fondait KTO, la première chaîne de télévision catholique francophone. Cela fait également bientôt 20 ans que Philippine de Saint Pierre accompagne cette petite chaîne de télévision. Aujourd’hui directrice générale de KTO, elle témoigne de ce qu’est aujourd’hui une télévision catholique : "C’est essayer de voir comment est-ce qu’on peut proclamer la bonne nouvelle de l’Évangile dans la langue de l’image".
KTO célèbre ses 20 ans sous de bons auspices et le sentiment du devoir accompli, avec un public élargi, une audience internationale, et des comptes à l’équilibre. Malgré les obstacles et les épreuves - dont la dernière fut l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris d’où elle transmettait chaque jour l’office des vêpres -, la chaîne catholique est restée fidèle à la mission que lui confia en décembre 1999 le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris : « Annoncer l’Évangile dans la langue de l’image » et faire entendre « une voix différente » sur les grands enjeux de société, résume Philippine de Saint-Pierre, sa directrice générale.
« Réaliser l’émission de vos rêves » fut le mot d’ordre donné à l’équipe de 70 salariés (âgés en moyenne de 38 ans) pour ce vingtième anniversaire. À défaut d’un budget extensible, l’ambition éditoriale a guidé la préparation des émissions (« Églises du monde », « La vie des diocèses », « La foi prise au mot »…) et documentaires inédits (Eternam, Le Secret de Tolkien, Mère Cabrini, Les Mots de l’intérieur…) de ce mois, avec une émission spéciale le 13 décembre au soir pour revivre les grands moments de la chaîne.
Un développement francophone et numérique
Que de chemin parcouru en 20 ans pour la télévision catholique qui s’inscrit véritablement aujourd’hui dans une vision francophone du catholicisme. "KTO est une initiative parisienne. Mais elle s’est étendue à la Belgique, à la Suisse, à Monaco, au Luxembourg. Et par la suite, au Sud de la Méditerranée avec l’Afrique du Nord et l’Afrique sub-saharienne" ajoute la directrice de KTO.
Aujourd’hui, un tiers des vidéos de KTO sur Internet sont vues par des moins de 35 ans. La chaîne YouTube de la chaîne recense chaque mois plus de trois millions de vues. L’image change beaucoup depuis 20 ans, et KTO s'adapte. Elle y a emménagé en 2015, en plein accomplissement de sa transformation numérique.
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« Le fait d’être en direct sur notre site et sur la plupart des plateformes numériques nous a permis d’élargir et de rajeunir notre public, poursuit Philippine de Saint-Pierre, même si le grand défi demeure d’être accessible aux plus âgés qui pratiquent peu le numérique. » La TNT est désormais un lointain souvenir. « Si une nouvelle opportunité se présentait, nous ne la saisirions pas. Nous avons été rejetés trois fois par le CSA parce que nous étions catholiques, mais surtout religieux. Nous l’avons contourné, et il n’y a plus de logique à nous y déployer », assure Vincent Redier, président de la Fondation KTO.
La chaîne déjoue même les études des instituts de marketing, qui déconseillent de faire des vidéos de plus de trois minutes. « Les moins de 35 ans représentent un tiers de notre audience numérique et notre moyenne de vue est de 9,53 minutes ! relève la directrice générale de KTO. Les jeunes consultent des formats très courts mais aussi souvent des émissions longues, jusqu’à 90 minutes. Ils viennent s’éduquer à la foi, à la philosophie, nourrir leur réflexion, et réagir. » Les émissions prônant un mode de vie plus sobre et déconnecté comme « La cuisine des monastères » ou « Une nuit au monastère » sont particulièrement regardées par des non-chrétiens.
Programmes et défis
La chaîne KTO propose de nombreux programmes mais ce qui fonctionne le mieux, ce sont les temps de prière et les voyages pontificaux. "L’image quant aux voyages du pape a beaucoup changé, même s’il y a vingt ans, les voyages de Jean-Paul II étaient très médiatisés, et même beaucoup plus repris par les chaînes généralistes. Benoît XVI était moins à l’aise avec cela. Et le pape François sait bien jouer avec l’image. C’est presque une parabole pour lui. "
Revenant également sur les scandales sexuels qui ont secoué l’Église ces derniers mois, Philippe de Saint Pierre explique que la difficulté en télévision, "c’est la pudeur. C’est respecter les victimes pour qui le rapport à l’image peut être difficile. Notre conviction c’est que l’Église ne peut pas être l’ennemie de la vérité. La première émission spéciale sur ce sujet date de 2001. Il y en a eu beaucoup par la suite" précise-t-elle.
Aujourd’hui KTO regarde vers l’avenir. "Le défi fondamental, c’est de savoir comment on regardera la télévision dans cinq ans. Ce qui est important, ce n’est pas le support, mais s’assurer que le message arrive dans le support. Évidemment, cela change les modes narratifs. Cela influe sur nos manières de travailler. Comme on est plus petit, on doit être plus malin. On prend le train de l’innovation quand il passe à proximité. Il faut être agile et audacieux" conclut Philippe de Saint Pierre.
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Difficultés financières et salut structurel
Les premières années furent sinueuses. En 2005, ses fondateurs ne donnaient pas cher de la chaîne. KTO traversait de graves difficultés financières et se voyait refuser sa première demande d’une fréquence sur la télévision numérique terrestre (TNT). Pour la sauver de la faillite, la Conférence des évêques de France demanda au Centre français de radio-télévision (CFRT, animé par les dominicains), qui produit « Le jour du Seigneur » le dimanche matin sur France 2, de lui octroyer un prêt et d’envisager des collaborations.
La chaîne, créée sous la forme d’une société commerciale destinée à recevoir de la publicité, opéra alors un virage structurel salutaire en se transformant en association, afin de devenir une fondation pouvant recevoir des dons.
Santé financière retrouvée
Après une année 2018 difficile financièrement, en grande partie liée à la réforme de l’impôt sur la fortune (ISF), KTO retrouvera des comptes à l’équilibre en 2019, avec un montant de la collecte de 8,5 millions d’euros couvrant 80 % du budget. La chaîne tire aussi des ressources des abonnements à sa revue des programmes, de ses ventes de DVD et de la publicité. Elle s’offre même le luxe de bouter hors de ses programmes des annonceurs à la tonalité trop commerciale. « Nos donateurs ne comprendraient pas qu’on leur demande de nous soutenir, si nous proposons trop de publicité », explique Philippine de Saint-Pierre, depuis le vaste siège de la chaîne à Malakoff.
La chaîne ne reçoit aucune subvention ou redevance, son modèle est fondé sur la confiance et la générosité de ses donateurs. Elle est accessible par satellite (parabole orientée sur le satellite AB3 avec Fransat) par le câble par box ADSL (canal 220 chez Orange, 179 chez SFR, 218 chez Bouygues, 245 chez Free) et en direct par internet sur Ktotv.com !
| Mode d'accès | Détails |
|---|---|
| Satellite | Parabole orientée sur le satellite AB3 avec Fransat |
| Câble | Via les opérateurs de câble |
| Box ADSL | Canal 220 chez Orange, 179 chez SFR, 218 chez Bouygues, 245 chez Free |
| Internet | En direct sur Ktotv.com |
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