La Cabane dans les bois: Explication d'un Film d'Horreur Méta

Drew Goddard et Joss Whedon ont frappé fort avec La Cabane dans les bois, un film qui transcende le genre horrifique. Ce film méta, destiné avant tout aux amateurs de culture geek, entreprend de remettre en question les stéréotypes du cinéma de genre. Le spectateur suit un groupe de jeunes inconscients piégés dans une cabane maléfique, tout en observant des scientifiques mener une expérience sur eux.

Affiche du film La Cabane dans les bois

Un Parcours Semé d'Embûches

Malgré un concept original et des acteurs talentueux comme Chris Hemsworth et Sigourney Weaver, le film a connu des difficultés. Initialement prévu pour février 2010, sa sortie a été repoussée d'un an pour une conversion en 3D. Les problèmes financiers de la MGM ont ensuite tout bloqué. Finalement, Lionsgate a acquis les droits et a sorti le film en avril 2012, près de trois ans après le tournage.

Un heureux concours de circonstances a fait que La Cabane dans les bois a bénéficié du buzz autour d'Avengers, grâce à la présence de Joss Whedon et Chris Hemsworth.

Pas de Suite en Vue

Montrer qu'une suite est géométrique - TYPE BAC

Drew Goddard a été interrogé sur une possible suite, mais il semble peu probable que le film connaisse une suite. Goddard explique :

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« Nous avions quelques idées complètement dingues, mais Joss et moi-même pensions vraiment qu’il ne fallait pas juste le faire pour le faire. Pas vrai ? J’ai beaucoup de chance de continuer à faire des films, je n’ai pas besoin de tourner des suites uniquement pour continuer à travailler.

La seule manière de s’y prendre dans le présent, ce serait de rendre justice au premier. Et à dire vrai, c’est particulièrement difficile. Toutes les idées que nous avons eu aboutissaient à amoindrir la conclusion de La Cabane dans les bois, et je crois toujours que cette fin était parfaitement adaptée au film, donc je ne souhaite pas l’amoindrir. »

Synopsis et Analyse

Cinq amis décident de passer le week-end dans une vieille cabane isolée au milieu de la forêt. Après avoir brièvement croisé un autochtone patibulaire puis traversé un sentier sinueux, ils découvrent l’antique maisonnette, ornée d’une tête d’animal empaillée, d’un vieux piano, d’un mobilier séculaire, et jouent à se faire peur. Le soir venu, une trappe s’ouvre brutalement, comme mue par une force surnaturelle. Elle révèle une cave enfouie d’objets hétéroclites, dont un vieux grimoire qui renferme une incantation. Lorsque cette dernière est lue à voix haute, des créatures maléfiques se réveillent, et la terreur s’empare du petit groupe, d’autant que le seul chemin qui leur permettait de s’échapper s’effondre soudain…

Ce résumé vous semble-t-il familier ? Normal, c’est le même que celui d’Evil Dead. La Cabane dans les bois serait-il donc un plagiat du chef d’œuvre de Sam Raimi ? On pourrait le croire, d’autant que Drew Goddard utilise parfois les mêmes angles de vue que son aîné, les mêmes bruitages, les mêmes cadrages… Pourtant, dès les premières minutes du métrage, le spectateur sent bien que quelque chose ne tourne pas rond. Qui sont ces scientifiques massés dans un grand bâtiment, observant les moindres faits et gestes de nos cinq jeunes protagonistes à l’aide d’une multitude de caméras dissimulées partout sur les lieux de leur week-end ? Seraient-ils l’objet d’une obscure expérience scientifique, à la façon des cobayes de Cube ?

La surprise est savamment entretenue, jusqu’à un climax hallucinant qui convoque une mythologie chère à H.P. Lovecraft et donne à cette anecdotique mésaventure des dimensions planétaires, quasi-métaphysiques. La dernière bobine du film bascule dans le délire total, en un foisonnant hommage aux classiques du genre (Zombie, Hellraiser, Ça, Poltergeist, Shining, The Grudge et de nombreux autres). La Cabane dans les bois digère et restitue ainsi trente ans de cinéma horrifique.

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Les monstres de La Cabane dans les bois

Une Relecture des Codes de l'Horreur

Tous les lieux communs, tous les clichés, tous les stéréotypes inhérents au genre trouvent ainsi une explication rationnelle. En effet, La Cabane dans les bois, c'est un peu le nouveau Scream. Tout en étant l'anti-Scream. Là où le film de Wes Craven et Kevin Williamson dénonçait les clichés du genre, celui de Drew Goddard et Joss Whedon tend à les justifier.

Et malgré tout ce que le scénario contient de métafilmique, le récit demeure traité avec une certaine frontalité. On ne peut pas vraiment parler de "premier degré" ou de "sérieux", mais jamais l'ouvrage ne donne dans la farce. On n'est pas dans une simili-parodie de film d'horreur. C'est en ça aussi que le film se rapproche de Scream : on a beau s'adresser à un public qui connaît les codes et être très conscient de soi à chaque instant, le "spectacle" reste crédible, authentique.

Du coup, à l'instar de son prédécesseur sus-mentionné, La Cabane dans les bois fonctionne aussi sur son niveau de lecture le plus primaire : un ride horrifique - davantage qu'un film d'horreur flippant - diablement efficace. Pour tout aficionado du genre - et peut-être même encore plus pour ceux qui n'en sont pas forcément fanatiques et sont agacés par certains de ses codes - le second niveau de lecture sera évidemment d'autant plus jouissif. Parce que l'écriture déborde d'idées.

Là où Williamson jouait avec trois ou quatre règles, où une blague comme Tucker & Dale fightent le mal se cantonnait à exploiter UNE idée pendant 90 minutes, La Cabane dans les bois enquille mille et une choses très bien vues, revisitant le genre, et même LES genres, ou sous-genres de l'horreur, brassant les références, d'Evil Dead à...Scooby Doo!

Si Scream était une déconstruction du genre, La Cabane dans les bois pourrait presque en être une reconstruction. Les Godzilla peuvent paraître ridicules mais Goddard les aime, ça se voit. La Cabane dans les bois est une lettre d'amour. Une lettre d'amour au film d'horreur qui témoigne du besoin, de l'envie qu'on a tous de se faire peur, une ode à l'origine de nos cauchemars, où les bourreaux sont, plus encore que dans tout autre film d'horreur, des démiurges, des réalisateurs prêt à sacrifier ces pantins pour des spectateurs avides de sang.

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Une Critique du Cinéma d'Horreur Moderne

Le scénario de Whedon et Goddard est en réalité une satire brûlante du cinéma d’horreur américain, trop gouverné à leur goût par des vieillards n’ayant plus d’idées. Les scientifiques qui actionnent leurs boutons pour lancer des événements pré-conçus sont comme des scénaristes usant des bons vieux tuyaux pour repomper une vingtième fois la même histoire. Sous les blouses blanches, c’est donc un peu George Romero, John Carpenter ou Wes Craven.

En prenant un ascenseur qui les mène dans les salles de contrôle, ils découvriront que le laboratoire tient en fait prisonnier une collection de monstres du cinéma d’horreur. Des loups garous, sorcières, vampires, aliens, serpents géants et même des licornes ! Tous entreposés là, dans des centaines de ces mêmes ascenseurs. Chacun aurait donc bien pu être libéré par les jeunes s’ils avaient actionné dans la cave, l’artefact qui le représente.

Comme Frankenstein jadis, c’est un autre lieu commun que de voir une expérience - qui plus est monstrueuse - se retourner contre son créateur. Et c’est exactement ce qui arrive quand les deux jeunes, ayant découvert une partie du secret, sont pris en chasse par des unités d’élite en charge de les éliminer.

Nos deux jeunes finiront par découvrir que tout cela n’est pas une émission de télé-réalité. Non, il s’agit bel et bien d’un sacrifice rituel perpétué depuis des années aux quatre coins du monde pour garder au calme des titans, divins ancestraux. Nos deux jeunes ont deux choix, se sacrifier pour calmer les dieux et sauver le monde, ou bien les libérer.

Cette révélation faite par Sigourney Weaver - dans une apparition totalement inattendue elle aussi - donne une nouvelle fois corps à la dimension de pamphlet du scénario de Whedon et Goddard, puisqu’elle leur explique que depuis des temps immémoriaux, on sacrifie les hurluberlus de leurs espèces pour les « punir de leur jeunesse ».

De même que dans leur film, leurs héros décident de ne pas se sacrifier et de libérer les dieux, Joss Whedon et Drew Goddard prouvent avec La Cabane dans les bois que la jeunesse n’a plus peur de froisser les anciens. Plus encore, ils démontrent, équations à l’appui, qu’il est tout à fait possible d’être original en ré-exploitant des lieux communs.

Et c’est exactement ce qui définit La Cabane dans les bois. Son titre , son pitch, ses personnages, tout semble avoir été déjà vu mille fois.

L'équipe de scientifiques observant les jeunes

Les Clichés Passés au Crible

La Cabane passe en revue tous les codes du genre. Certains sont respectés à la lettre, d’autres subiront un contrepied. Quelques exemples…

  • La rencontre avec le type inquiétant : En se rendant dans le coin paumé où ils passeront leurs vacances, les personnages croisent toujours la route d’un type inquiétant, un vieux souvent (un coup de Perceval de Galles ?), qui délivre un avertissement sybillin ou qui fout les jetons parce qu’il a une sale trogne. Toujours est-il que cette rencontre n’a jamais de réelle utilité. La scène pourrait sauter que le film ne changerait en rien. Ici, le mec louche a une fonction bien précise, un rôle à jouer, ce qui donne un sens à cette scène de rencontre qui n’en a jamais d’habitude.
  • Les archétypes : La bande d’étudiants de La cabane au fond des bois se compose des archétypes classiques : la pouf blonde qui joue la cochonne de service, le beau gosse athlétique, le binoclard-geek-intello, la bûcheuse coincée, le cancre crétin et défoncé. À quelques nuances près. Ainsi la blonde est en fait une brune qui s’est décoloré les cheveux, donc au revoir les clichés sur la bêtise innée des blondes.

Bref, les idées ne manquent pas dans cette cahute perdue et le jeu sur les codes de l’horreur apporte une bonne dose d’originalité et de fraîcheur.

Tableau des Monstres et Références

Le film regorge de références et de monstres issus de divers horizons du cinéma d'horreur. Voici un tableau non exhaustif :

Type de Monstre Références Possibles
Zombies Evil Dead, Zombie
Loups-garous Le Loup-garou de Londres
Vampires Dracula, Entretien avec un vampire
Aliens Alien, Predator
Serpents Géants Anaconda
Licornes Une touche d'humour noir

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