En 2002, la sortie de La Cité de Dieu, réalisé par Fernando Meirelles, a marqué les esprits à l’échelle internationale, notamment lors du Festival de Cannes. Ce thriller criminel culte brésilien est ressorti dans certaines salles dans une version remasterisée, ravivant l'intérêt pour cette œuvre marquante.
Adapté d’un roman lui-même basé sur l’histoire réelle d’une favela construite dans les années 1960, le film suit l’enfance et la jeunesse d’une bande d’adolescents confrontés à la pauvreté et à la ségrégation sociale, exacerbées au tournant des années 1980.
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Une des favelas les plus célèbres du Brésil, La Cité de Dieu, voit le jour à Rio de Janeiro dans les années 1960. Il devient l’un des quartiers les plus malfamés de la métropole, mais aussi le décor d’un livre écrit par Paulo Lins, qui y a vécu durant son enfance. Lins raconte dans un ouvrage semi-autobiographique sobrement appelé La Cité de Dieu l’un des faits les plus marquants sur la favela : des années 1970 jusqu’aux années 1980, elle a été contrôlée par Zé Pequeno. Fernando Meirelles et Kátia Lund adapteront cette histoire sur grand écran en 2002, cinq ans après la sortie du livre original.
Plus de 20 ans plus tard, les protagonistes du film (et leurs acteurs) sont de retour pour La Cité de Dieu : la lutte continue, une série à découvrir sur Max. Pour l’actrice Roberta Rodrigues (Berenice), cet événement a une importance particulière au Brésil : « La Cité de Dieu a été un moment majeur dans notre pays. C’était le premier film à mettre en vedette des acteurs noirs et à parler de leur vécu. »
Alexandre Rodrigues (Buscapé) confirme que le format de la série laisse davantage de place pour parler d’autres sujets que dans le film. La série se déroule une vingtaine d’années après la fin de La Cité de Dieu et reprend de manière fluide une partie de la conclusion. On y suit à nouveau une cohorte de personnages hauts en couleur, au début des années 2000, alors que le quartier s’apprête à subir de nouvelles transformations. Ce qui frappe immédiatement, c’est la très large place que cette nouvelle saga laisse aux mécaniques de relations intracommunautaires et à la vie au sein du quartier.
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Thèmes et Réalisation
Bavures policières, truandisme, violences conjugales… La Cité de Dieu constitue un environnement violent et macho dans lequel il faut se battre pour survivre. Un quartier dans lequel on parle crûment et où il n’y a aucune place pour la déconne. Tout commence sous un soleil de plomb, au milieu d’un terrain de foot. Nous faisons la rencontre de deux enfants : Zé Pequeno et Buscapé. Le premier, turbulent, rêve d’être un pur gangster, sans savoir qu’il ne fera que s’enfermer lui-même dans une cage…littéralement. Le second, plus timoré et observateur, ne veut pas se mêler à ces affaires de violence. Sa passion pour la photographie viendra constituer son échappatoire. Deux personnalités différentes, mais un même rêve : reprendre son destin en main.
Leur enfance commune dans ce lieu tumultueux qu’est la Cité va marquer le début d’une folle épopée pour eux, sur deux décennies. Pour raconter son lieu, La Cité de Dieu reprend ce principe de choralité. En effet, nous ne découvrons pas seulement les destins de Buscapé et de Dé, devenu Zé Pequeno, qui seront amenés à se croiser au fur et à mesure des années, mais également ceux de tout une galerie de personnages très intéressants. L’associé un peu plus paisible de Zé prénommé Bené, son ennemi Carotte, le policier Manu. Et encore, il s’agit de ceux qui ont droit à leur arc. N’oublions pas également le trio Canard-Tignasse-Tenaille, Nabot, Noireau, les enfants Filet, Otto ainsi que ceux de la bande des Minus (Caixa Baixa en VO). Tant de vies, en somme. Pour presque autant de parcours et de points de vue dévoilés en toute souplesse.
Tous ces personnages représentent chacun une facette de la vie dans la Cité, selon l’époque à laquelle ils appartiennent. Ils sont le visage de la favela. Pour parler de la criminalité de cette favela, le film n’hésite pas à utiliser une réalisation à l’image du milieu dépeint. Plusieurs choix dans ses effets, allant de la chaleur de la colorimétrie jusqu’au grain de la pellicule en passant par la surexposition de l’image, viennent renforcer l’aspect violent, crade, gangsta de cet univers. Mais également son aspect fiévreux par le choix d’une caméra constamment à l’épaule.
Néanmoins, le plus frappant dans la réalisation de ce film reste le montage. Durant les moments les plus électrisants du film, les plans s’enchaînent rapidement et c’est une vraie frénésie qui s’opère. Le tout sans jamais tomber dans la confusion. Un exemple simple, la scène d’introduction. Scène qui suffit à embarquer le spectateur tout en retranscrivant parfaitement la thèse du film. En l’occurrence, que la Cité de Dieu est un endroit où il faut toujours courir pour sa peau. Alors que des riverains déplument et désossent des poulets, l’un d’entre eux s’enfuit et commence alors une poursuite. Les enfants se mettent à courir dans les ruelles, sous les ordres d’un étrange homme semblant fou… pas n’importe qui. Il court, il court le poulet... Rajoutons à La Cité de Dieu une bande-son rythmée et le film devient véritablement immersif.
La Cité de Dieu esthétise donc son milieu et l’action est trépidante, mais sans jamais faire dans le racoleur ou le mauvais goût. Par exemple, aucune mort n’est héroïsée. La frénésie de la réalisation ne fait que s’accorder à la fièvre et à la violence implacable de ce milieu. D’autant plus que le film sait se calmer quand il le faut durant quelques moments plus évasifs et doux, surtout du côté de chez Buscapé ou de Bené. C’est par le biais de plusieurs chapitres que l’on découvre l’évolution de la vie de la Cité. Mais également celle de Buscapé et celle de Zé. Plus le film avance, plus ce qu’il montre devient désespérant. Là où Buscapé devient photojournaliste, Zé s’oppose à Carotte, concurrent de son business de drogue. Ces deux truands s’enfoncent toujours plus dans la violence. Plus que jamais, la Cité s’effondre. Le tout aboutit à une conclusion dont le caractère doux-amer est amené tout en finesse.
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Au final, que subsistera-t-il ? Seuls la mort, le sang, et peut-être pour toujours. Ainsi, La Cité de Dieu possède une base pouvant sembler des plus banales : un rise and fall auquel se mêle une histoire d’apprentissage. Mais il a la grande force de posséder un scénario ample, à la fois touffu et réfléchi. Il s’agit surtout, en filigrane, d’une œuvre sociale. Les simples destins divergents, contrastés de Zé Pequeno et de Buscapé suffisent à évoquer la question du déterminisme. Déterminisme social, individuel, mais aussi fraternel peut-on dire. Ainsi, Buscapé sera-t-il tenté de prendre les armes comme son défunt frère Canard, alors qu’il est coincé dans des petits jobs sous-payés. Cet exemple ne constitue que l’une des quelques trouvailles scénaristiques bien senties du film, qui sait déjouer habilement certaines attentes.
Niveau narration, l’inspiration de Meirelles et Lund est très scorsesienne. Le film cite en effet ouvertement Les Affranchis, notamment par l’utilisation d’un narrateur, en l’occurrence Buscapé. Tel un Ray Liotta inversé, il parle de sa jeunesse en se laissant aller parfois aux piques et au sarcasme. À la différence qu’il endosse à l’image le rôle d’observateur impuissant sans grand charisme. Cette narration vient conférer à Buscapé comme un rôle de journaliste. Un journaliste qui raconte une enquête en partant des origines jusqu’aux temps actuels. Un choix des plus judicieux en somme, tant l’on voit la vie qu’il finit par obtenir.
Mais que Buscapé le veuille ou non, même en quittant la Cité, la Cité n’en aura pas fini avec lui… et par ailleurs, la suite du film semble l’avoir compris. En effet, les aventures de Buscapé continuent sous la forme d’une série sortie tout récemment. Co-production HBO, il s’agit de La Cité de Dieu : la lutte continue. En somme, nous vous invitions à (re)découvrir La Cité de Dieu, véritable film culte qui mérite bien sa réputation ! Il s’agit d’un thriller des plus touffus qui réussit à raconter un lieu sur divers époques.
Pour Fernando Meirelles, c’est une évidence : « Une série comme celle-ci peut aider à générer des transformations dans la société. » Et, effectivement, La Lutte continue traite en profondeur les questions politiques et sociales liées aux quartiers les plus défavorisés, avec beaucoup plus d’espoir et de luminosité que ne le faisait le film terriblement crépusculaire de 2002, mais sans pour autant basculer dans une vision angélique. Il faut dire que, depuis 20 ans, les mouvements sociaux issus des favelas et des communautés noires ont contribué à améliorer les conditions de vie et la représentation politique des habitants.
La série est aussi une occasion explicite de revenir sur cette évolution, comme le confient Roberta Rodrigues et Alexandre Rodrigues : « Il y a plus d’espoir aujourd’hui ! Avant, on disait souvent que pour ne pas avoir de problème au Brésil, il fallait éviter de parler de deux choses : le foot et la politique. À ce titre, La Cité de Dieu : la lutte continue est un passage de relais assez admirable. Tout d’abord parce que le traitement plus varié des thématiques donne une impression d’immersion inégalée dans le quartier que le show dépeint. Ensuite, car la reprise du même casting et du même réalisateur, restés extrêmement soudés durant ces 20 dernières années, est un tour de force. Touchant, brutal, drôle et spectaculaire, le show est une petite pépite de la rentrée, qui peut s’apprécier sans connaître ni le film d’origine ni La Cité des hommes.
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Réflexions du Réalisateur
Fernando Meirelles a partagé ses réflexions sur la création du film :
Fernando Meirelles: Je ne pensais pas faire un film sur les favelas, un film violent, mais j'ai lu le livre et j'ai été vraiment étonné. Je veux dire que je n'avais pas l'impression que c'était mon pays. Que c'était le Brésil. Si loin de ma réalité, de ce que je voyais à la télévision, j'ai donc décidé d'aller à l'intérieur pour comprendre. J'ai donc appelé l'écrivain pour lui dire que je pensais adapter son livre en film, et il m'a invité à venir à Rio et il m'a guidé dans la favela, dans la Cité de Dieu.
Non, au Brésil, tout ce que nous savions sur les favelas, c'était ce que nous voyions à la télévision ou dans les journaux, et c’était toujours le point de vue des personnes à l’extérieur de ces favelas. Et 100 % ou 90 % de ces infos portaient sur des crimes. Les gens tuent ici et là, des vols... Et c'est tout. Ensuite, j'ai lu le livre, et le livre a la perspective des personnes qui y vivent, il raconte l'histoire de l'intérieur parce qu'il a été écrit par un écrivain qui a été élevé au sein de la Cité de Dieu. J'ai donc pensé qu'il s'agissait d'une perspective très intéressante et révélatrice. C'est pourquoi j'ai décidé de faire ce film. Je veux parler de cet endroit, mais avec la caméra à l’intérieur. Je ne voulais pas voir Rio de Janeiro et nous ne le voyons pas dans le film. Pendant 90% du film, vous êtes à l'intérieur de la favela. On ne voit pas le Rio que tout le monde connaît. C'est l'idée qu'il existe une société à l'intérieur de la société brésilienne, où le gouvernement n'intervient pas, où il n'y a pas de policier, où il n'y a rien. Il n'y a pas d'ordre. C'est comme un pays différent à l'intérieur du pays, vous savez, ils ont complètement leur propre culture, leur propre ordre, leurs propres lois, leur propre mode d'économie. C'est tout à fait étonnant. Je veux dire qu'il y a une énorme population qui vit dans les favelas de Rio.
Non, je n'avais aucune idée de l'impact qu'aurait le film, lorsque je l'ai tourné. J’ai décidé de tourner ce film parce que je voulais vraiment comprendre et révéler cette partie du Brésil aux Brésiliens. Mais je n'avais ni financement, ni distributeur. Je n'avais rien qui puisse me faire croire que le film marcherait. Des acteurs inconnus dans un environnement que personne ne voulait voir. On ne voyait pas de favela à la télévision ou dans les films brésiliens. Un réalisateur inconnu, un monteur inconnu, un scénariste inconnu. Je veux dire qu'il n'y avait aucune raison de croire que le film serait un succès. Je savais que cela pouvait être un bon film parce que l'équipe et moi-même, nous travaillions beaucoup et nous savions comment tourner, mais à part cela, je le faisais parce que cela m'intéressait. Puis le film a été invité à Cannes et il a explosé.
D’après-vous pourquoi le film a-t-il autant impacté les gens ?
Pour être honnête, je ne comprends pas quel point sensible le film a touché pour qu’il perdure encore. J'entends des jeunes gens qui regardent le film aujourd'hui et qui viennent me voir pour me dire : « Wow, je l'ai regardé et je l'ai adoré ». D'une certaine manière, le film n'a pas vieilli, alors je pense qu'il a peut-être touché parce qu'il semble très, très réel. Et c’est le cas. Nous avons tourné dans des lieux réels. L'histoire a été écrite par quelqu'un de la région. Tous les acteurs venaient de favelas différentes, mais tous savaient ce qu'ils jouaient parce qu'ils jouaient leur propre rôle. Et les acteurs n'ont jamais lu le scénario. Toutes les scènes étaient répétées, et je leur racontais les scènes, et ils improvisaient. Et petit à petit, nous arrivions à façonner ces scènes. Si vous lisez le scénario et regardez le film, 40% des répliques étaient dans le scénario, mais 60% étaient improvisées. Et c’est ce qui rend le film authentique. Parfois c’est comme si on regardait un documentaire, c’est comme ça qu’on l’a tourné.
Avant de tourner le film, j’ai fait un court-métrage dans la Cité de Dieu, mais nous avons eu beaucoup de problème avec les trafiquants de drogue, donc j’ai décidé de tourner dans une autre favela, et évidemment là aussi les choses étaient compliquées avec les trafiquants. Nous ne leur avons jamais offert de l’argent. Ce que nous avons proposé, c'est qu'ils nous laissent tourner là-bas et qu'en échange, nous donnions des ordinateurs pour le centre communautaire. Nous avons fait deux terrains de football pour l'aire de jeux. Nous avons fait des choses pour la communauté. Et ils nous ont autorisés à le faire parce qu'ils savaient que la communauté les remercierait de nous laisser faire. Les personnes à qui j'ai parlé ont adoré le film parce que jusqu'à présent, on ne voyait jamais les favelas dans les feuilletons télévisés brésiliens ou dans les drames. C'est la première fois qu'il y a eu un film sur eux avec leurs visages, avec leurs acteurs, c'était vraiment important au Brésil. L'impact a donc été très important, et même commercial. Il n'y avait pas de film sur les favelas parce que tout le monde supposait que personne ne voulait voir les favelas. Personne n'a donc voulu financer ce film. Je l'ai financé moi-même, et ce fut un succès. Il a vendu 3 millions de billets, ce qui était énorme à l'époque au Brésil. Les producteurs et les distributeurs ont donc compris que ce genre d'histoire pouvait rapporter de l'argent. C'est ainsi que de plus en plus de films sur le sujet ont commencé à être produits. Je pense que c'est là la grande contribution du film au Brésil. Nous avions cette partie transparente du Brésil et après la sortie du film, de nombreux films, séries et histoires ont été tournés, et encore aujourd’hui.
On ne voit pas de sang dans le film, il est violent parce que la situation est violente, j’ai évité de faire des scènes avec du sang qui gicle, ce n’est pas graphique.
C’était réalisatrice de documentaires. Je l'ai fait venir parce qu'elle avait réalisé un documentaire dans une favela, sur les armes et les trafiquants, et j'ai pensé qu'elle pourrait être mon assistante et m'aider à trouver les acteurs. Je l'ai donc invitée, et elle m'a vraiment aidé à entrer en contact avec des gens qui pouvaient créer cette petite école de théâtre que nous avons créée. Elle m'a aidée à réunir ce casting extraordinaire, j'ai travaillé pendant 4 ou 5 mois pour trouver les acteurs et les préparer. Et elle était avec moi chaque jour. Il s’agit de mon film, avec mon équipe, je l’ai développé, je l’ai écrit, j’allais faire le montage et la musique, mais elle était là avec nous, sur le tournage. Elle ne réalisait pas, mais pendant que je filmais des scènes, elle était avec les acteurs, elle les aidaient à appréhender les scènes, les dialogues, donc quand ils arrivaient devant la caméra, ils étaient prêts. Elle a été primordiale dans les performances qu’on voulait de ces jeunes gens. Et son travail était si important que j'ai fini par lui donner ce crédit de co-réalisatrice, mais cela a créé une certaine confusion parce que je voulais lui donner un crédit de co-direction des acteurs, mais cela n'existait pas. Donc en regardant le film on lit qu’il s’agit d'un film de Fernando Meirelles, puis qu'il est co-réalisé par Kátia Lund, mais c’est parce qu’elle a aidé avec les acteurs. Mais elle ne s'est jamais occupée du montage, de la musique, de la sortie du film et de tout le reste.
Je n'y ai jamais pensé. Peut-être le destin ? Il y avait un endroit paisible où nous avions tourné, et les trafiquants de drogue sont arrivés et ont commencé à contrôler les zones. Et à la fin, ce que vous voyez dans le film avec Fusée qui trouve un emploi, avec des opportunités dans la vie… On voit à côté de ça les autres garçons qui prévoient de commencer à tuer des gens pour prendre le contrôle d'autres zones… Et c’est ce qui s’est passé à Rio. Ce qu’il se passait, c'est que certaines factions ont commencé à contrôler des zones, au lieu de contrôler une favela, elles commençaient à en contrôler deux, quatre ou cinq. En fin de compte, Rio a été divisé en trois factions criminelles. Ce que nous montrons à la fin du film, c'est ce qui se préparait en réalité. Et maintenant, ce qui s'est passé, c'est que ces trois factions sont devenues deux, et maintenant la milice prend le contrôle de tout. Mais je n'ai jamais pensé à une chose en particulier. Vous savez, ce qui m'intéressait, c'était de montrer ce lieu, cet ordre et ce type de société.
Oui, nous faisons une série pour HBO, qui est la suite du film et qui a été diffusée. Nous commençons à tourner la saison 2. Tous les personnages qui ne sont pas morts dans le film sont dans la série, joués par les mêmes acteurs. Certains sont devenus connus et ont une belle carrière, certains sont devenus réalisateurs. Malheureusement, d’autres acteurs du film ont eu une fin tragique, deux garçons ont été tués, un autre a été arrêté. Je suis producteur dessus, je ne réalise pas et je n’écris pas. L’idée c’est d’avoir trois saisons et nous allons montrer comment la milice est entrée dans la Cité de Dieu pour en prendre le contrôle, jusqu’à aujourd’hui. On veut montrer comment elle est liée au maire, au gouvernement et même au président. Le fils de Bolsonaro est sénateur au Brésil, et il a été poursuivi en raison de ses relations avec les milices. Je veux dire qu'il est impliqué avec de très mauvais criminels. Il fait maintenant l'objet d'une enquête, ce qui signifie que la milice était à la présidence du Brésil. Ce n'est pas rien.
Oui je le pense, il a vraiment mis en lumière cette partie de la société. Et maintenant, vous savez, les favelas sont beaucoup plus intéressantes d'un point de vue culturel. Le mouvement noir au Brésil est très fort. Ainsi, si vous regardez la télévision brésilienne il y a dix ans et maintenant, vous voyez que c'est complètement différent, ils sont beaucoup plus représentés dans la télévision. Vous ne pouvez pas tourner une publicité au Brésil si vous n'avez pas une personne noire ou une série télévisée ou quoi que ce soit d'autre. L'inclusion est devenue vraiment majeure grâce au mouvement noir qui est né à l'intérieur de différentes favelas.
J’ai peut-être un regret, parce que nous n'avons regardé que le mauvais côté des favelas, parce que c'était basé sur un livre sur la criminalité.
Impact Culturel et Héritage
La Cité de Dieu s’est imposé comme l’un des films brésiliens les plus vus à l’international. Sa popularité et son sacre immédiat ne se sont ni démentis ni estompés dans le temps, comme si le long-métrage se transmettait d’année en année, de génération en génération. En 2015, il apparaît à la huitième place d’une liste établie par la critique brésilienne, répertoriant les meilleurs films de tous les temps.
Outre sa reconnaissance au Brésil et au niveau mondial, le long-métrage a pris une place particulière dans le paysage français. La culture hip-hop hexagonale perpétue sa mémoire depuis plus de vingt ans. De la création d’un média devenu emblématique (Booska-P) à des titres de morceaux d’artistes phares (M.L.C et Manu Le Coq de Niska, Bené de PNL) en passant par de nombreuses citations, il est avec Scarface l’une des références cinématographiques les plus présentes. Le doute n’est pas permis, il occupe une place essentielle pour toute une génération qui continue inlassablement de le transmettre.
Il demeure plus de deux décennies après sa sortie le meilleur film de Fernando Meirelles, même si l’on apprécie The Constant Gardener et surtout le mésestimé Blindness.
En somme, La Cité de Dieu est un film culte qui mérite bien sa réputation, un thriller des plus touffus qui réussit à raconter un lieu sur diverses époques.