Quatorze ans après un premier volet devenu culte, Pixar donne une suite à ce que beaucoup considèrent comme le meilleur film de super-héros jamais fait. Cette suite des Indestructibles, la meilleure jamais créée par les studios à la lampe depuis celles des Toy Story, est largement à la hauteur de ce que l’on pouvait en attendre.
Brad Bird n’a rien perdu de sa puissance créatrice, ni de sa rigueur narrative et artistique. Sorti en plein milieu d’une décennie des années 2000’s qui marqua l’âge d’or des studios Pixar, Les Indestructibles (2004) fut surtout l’occasion de remettre en lumières le génie de Brad Bird, salué par la critique avec le sublime Le Géant de Fer (1999), chef-d’oeuvre de l’animation traditionnelle, injustement boudé par le public.
Synopsis : Une Famille de Super-Héros Face à de Nouveaux Défis
Notre famille de super-héros préférée est de retour ! Cette fois c’est Hélène qui se retrouve sur le devant de la scène laissant à Bob le soin de mener à bien les mille et une missions de la vie quotidienne et de s’occuper de Violette, Flèche et de bébé Jack-Jack.
C’est un changement de rythme difficile pour la famille d’autant que personne ne mesure réellement l’étendue des incroyables pouvoirs du petit dernier… Lorsqu’un nouvel ennemi fait surface, la famille et Frozone vont devoir s’allier comme jamais pour déjouer son plan machiavélique.
Une Attente Justifiée ?
Nous l’avons attendue pendant près de quatorze ans et elle est enfin là ! La suite des aventures de la super-famille Parr débarque forte d’un énorme carton au box-office américain à sa sortie : Les Indestructibles 2 s’annonce comme l’un des grands films événements de l’été.
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Une telle attente est-elle cependant un gage de qualité pour ce nouvel opus, toujours écrit et réalisé par Brad Bird ? Affirmatif, répondons-nous avec conviction. Le réalisateur de Ratatouille et du Géant de fer voulait prendre le temps de réfléchir à une bonne histoire, qui ne soit pas simplement destinée à engranger des millions de dollars de recettes.
Lorsqu’un nouvel ennemi fait surface, la famille et Frozone vont devoir s’allier comme jamais pour déjouer son plan machiavélique. Lorsque sa dernière mission contre le démolisseur tourne mal, la famille Parr est arrêtée et obligée de s’intégrer à la population ordinaire.
Alors que Bob déprime à l’idée de retrouver un emploi, Hélène et lui sont abordés par Winston Deavor, PDG de la multinationale Deav-Tech, et par sa sœur Evelyn, une surdouée du high-tech.
Thèmes et Réflexions
Il ne faut pas oublier que Les Indestructibles est moins une œuvre super-héroïque qu’une réflexion sur la famille. Les protagonistes ont les mêmes problèmes que n’importe qui, malgré leurs super-pouvoirs ; mais ceux-ci s’avèrent très utiles pour combattre un nouveau méchant venu plonger la ville dans le chaos : l’hypnotiseur, comme il se fait appeler, pointe du doigt la dépendance des gens aux super-héros… et aux écrans, dont il se serre pour contrôler ses victimes et commettre des crimes sans se salir les mains.
Certes, des indices remarquables, disséminés dans certaines séquences et certains dialogues, nous permettent de deviner facilement qui se cache derrière le masque du méchant.
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Les Pouvoirs des Indestructibles
Elastigirl se tord et se détend dans tous les sens. Bob a toujours la même force surhumaine, Violette maîtrise ses champs de force à la perfection, Flèche fonce comme son nom l’indique, et bébé Jack-Jack déborde de pouvoirs tous plus surprenants et ahurissants les uns que les autres : il traverse les murs comme un fantôme, disparaît dans une mystérieuse quatrième dimension, se transforme en petit monstre quand il veut des cookies, lance des lasers avec les yeux… jusqu’à se battre avec un raton laveur, entre autres choses.
Ça grouille de trouvailles et d’inventivité, sans pour autant s’enfermer dans la surenchère sensationnelle : en alternant scènes d’action spectaculaires à la Marvel et séquences en famille intimes, drôles et tendres, le film échappe aux conventions populaires et commerciales du blockbuster traditionnel... et même du cinéma d’animation : alors que ce dernier est souvent considéré à tort comme un médium exclusivement réservé au jeune public, Pixar en explore une nouvelle fois toutes les possibilités plastiques et esthétiques, notamment à travers des décors au design expressionniste façon Metropolis et les pouvoirs abracadabrants des super-héros (il y a même des petits nouveaux, mais chut…).
Qu’est-ce qu’un super-héros ? Si la question peut sembler rebattue à l’heure d’Avengers : Infinity War et de la domination du genre sur le blockbuster hollywoodien, il a pourtant fallu attendre une dizaine d’années et le retour de ces indestructibles pour voir un film la remettre véritablement sur le métier.
Un super-héros, c’est d’abord et avant tout un corps - un super-corps, un corps qui peut certes davantage, mais qui comme tout autre doit apprendre simplement (sauf que l’affaire n’est précisément pas si simple) à être au monde. Dans cette perspective, Les Indestructibles 2 fait des super-pouvoirs la condition première de l’action, et plus encore celle du récit.
Il n’est en effet pas anodin que le film se révèle presque morcelé en trois axes narratifs (le père qui tente de tenir le foyer en l’absence de la mère ; Elastigirl qui part en mission contre un mystérieux super-terroriste ; Jack-Jack, le bébé, qui développe une multitude de super-pouvoirs) : de ce beau problème, le film envisage trois voies possibles à travers trois corps spécifiques.
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Le premier, celui de Monsieur Indestructible, a pour particularité d’être en décalage constant avec son environnement. Il a le ridicule attachant de ces géants qui s’attellent à des gestes trop petits pour eux : trop grand pour son bureau ou sa voiture dans le premier volet, il appréhende ici constamment avec un train de retard une série d’événements liés à l’éducation et la supervision des enfants, agissant moins que contemplant avec une certaine frustration un environnement sur lequel il peine à avoir une prise.
Pendant que le géant peine à occuper l’espace, Elastigirl, quant à elle, fait l’expérience inverse. Catapultée à la tête d’une mission difficile (redorer le blason des super-héros et déjouer les plans d’un nouvel adversaire), elle fait de son corps supraflexible l’instrument d’une double appréhension possible d’un milieu. D’abord, le corps s’adapte, par réflexe, à un obstacle qui se dresse devant lui : il n’a pas vocation à ordonnancer l’espace, mais bien plutôt à s’y fondre.
C’est en soi l’idéal que porte Elastigirl : sa souplesse physique permet une déprise par rapport au monde, le corps n’est plus qu’une matière parmi d’autres, flexible, malléable, qui se recompose dans un rapport symbiotique avec ce qui l’entoure. Mais le film va peut-être plus loin dans le cœur de remarquables scènes d’actions où le corps n’apparaît plus seulement comme l’objet du mouvement, l’attraction autour de laquelle s’organise la mise en scène, pour devenir plutôt ce qui l’initie, soit la caméra elle-même.
Si le procédé s’explique diégétiquement (l’héroïne porte sur elle une micro-caméra) il dévoile, notamment dans une séquence où Elastigirl tente de retracer l’origine d’un signal vidéo, une conception du corps plus radicale que la précédente. L’espace semble à la lettre se former à mesure que le corps se transforme ; d’abord on voit le bras prendre telle forme, telle taille, telle direction, pour ensuite seulement observer ce vers quoi il tend.
Il y a dans ces gestes d’Elastigirl la beauté des inspirations mystérieuses qui peuvent frapper parfois les grands sportifs : le corps, qui semble de prime abord appréhender intuitivement l’espace dans lequel il évolue, le réinvente peut-être davantage qu’il ne le parcourt simplement
Si cette figure d’action joue beaucoup dans la réussite du film, c’est peut-être toutefois sur les épaules du troisième personnage, le bébé Jack-Jack, que repose le meilleur de cette suite. Matrice d’une foule d’idées cartoonesques, Jack-Jack est un corps qui peut tout mais dont la nature intrinsèquement chaotique inscrit ses gestes dans un autre horizon que ceux définissant les actions de ses parents.
L’enfant ne fait ni véritablement sentir la présence de l’espace qui s’impose au corps (l’impuissance de Monsieur Indestructible) ni sa suprême complexité (la manière dont le corps d’Elastigirl parcourt autant qu’il pense ce qui se trouve autour de lui), mais instaure plutôt un rapport fondé sur la joie et l’appétit - c’est d’ailleurs à l’aide de cookies que son pauvre père parvient à le faire revenir d’une autre dimension.
Le corps de Jack-Jack n’est guidé par aucun impératif moral (mettons : lutter contre le crime) mais seulement par ses pulsions, et il est en cela très beau que ses pouvoirs se manifestent pour la première fois lorsqu’il regarde avec des yeux ébahis un film de gangsters diffusé à la télévision. L’imagination de l’enfant stimule à ce moment-là un rapport déréalisé avec l’espace où le bambin confond ce qui se déroule à la surface de l’écran (un bandit masqué) et ce qui se passe derrière la fenêtre donnant sur le jardin, où un raton-laveur dévore le contenu d’une poubelle.
De fait le corps de Jack-Jack s’inscrit moins logiquement dans l’action qu’il n’explose au sein du plan, comme ça, sans prévenir, à l’image de cette scène où un simple hoquet le fait s’envoler telle une fusée avant qu’il ne disparaisse à travers le plafond. Le film regorge de trouvailles de ce type, où l’émerveillement de l’enfant qui découvre avec curiosité le monde autour de lui devient aussi celui du spectateur, attentif au visage réjoui du bambin sur lequel se dessine peut-être la promesse d’une nouvelle bizarrerie.
Car la joie de Jack-Jack est le moteur d’une nouvelle appréhension de l’espace : elle substitue à la frustration du père et à l’intelligence physique de la mère un amusement primitif comme condition des interactions entre le corps et le monde.
50 SECRETS CACHÉS dans Les INDESTRUCTIBLES
Une Réflexion sur la Famille et la Société
Quatorze ans séparent le premier opus des Indestructibles du second, plus d’une décennie pendant laquelle Brad Bird, scénariste et réalisateur des deux films, s’est, entre autres, affairé à réaliser Ratatouille (2007) et signa l’étourdissant Mission : Impossible. Protocole Fantôme (2011).
Cette excursion en dehors du cinéma d’animation prouva la cohérence de la vision du cinéaste (qui a reçu, en juin, un prix d’honneur au Festival du cinéma d’animation d’Annecy) et sa dextérité dans les deux genres, aussi à l’aise lorsqu’il s’agit de mettre en scène Tom Cruise ou un petit rat féru de gastronomie française en images de synthèse.
Si le premier Indestructibles était quasi contemporain des premières productions Marvel, le public qui découvrira Les Indestructibles 2 a depuis longtemps été gavé de pyrotechnies numériques produites à la chaîne.
A priori, deux menaces pesaient sur Les Indestructibles 2 : le risque de ne pas pouvoir rattraper son retard par rapport aux prouesses du numérique et la malédiction du second volet. Pixar a d’ailleurs annoncé ne plus entreprendre de suites pour se concentrer sur des projets originaux. Le studio est sans doute bien au fait de cette règle qui veut que les suites soient incapables (à l’exception flamboyante de Toy Story 3) de relancer la magie des premières fois.
Ces deux écueils, Les Indestructibles 2 les contourne sans difficulté. Plus qu’aucun autre réalisateur de l’écurie Pixar, Brad Bird perfectionne sa mise en scène à mesure que progresse la maîtrise de l’image de synthèse. La comparaison entre les deux opus parle d’elle-même : textures, gestes, visages et décors sont plus précis, l’aspect figé du premier volet a disparu. Mais, surtout, la vision de Bird devient subitement plus éloquente.
Son style, qui s’affirme surtout dans les scènes d’action, gagne en sophistication et s’intensifie dans ce mélange de virtuosité et de ludicité qui est devenu sa marque de fabrique. C’était déjà le constat que l’on tirait de son Mission : Impossible : Bird permet au film d’action de redevenir un art de l’espace et un vertigineux prolongement du cinéma burlesque.
A la débauche illisible d’effets, Marvel répond par le travail d’orfèvre de l’action de Bird, qui n’oublie pas que Les Indestructibles pousse sur le terreau du film familial et y revient toujours. De même que le contexte des années 1960 dans lequel prend place l’intrigue est, pour le cinéaste, moins le signe d’une rétromanie gratuite qu’un désir de travailler avec la matière de ses souvenirs d’enfance qui mêlent comics et films d’espionnage.
Enfance et famille, Brad Bird tient fermement ce cap, car il contient l’âme même de sa petite saga ainsi que de la plupart des films Pixar. On retrouve la famille Parr là où on l’avait laissée. Dans un temps figé, une éternité heureuse que seul peut se permettre le cinéma d’animation.
Mis au ban de la société, les super-héros doivent regagner leur place dans le cœur de l’opinion publique. Pour ce faire, Hélène alias Elastigirl est missionnée pour accomplir des sauvetages spectaculaires qui seront désormais filmés et diffusés à grande échelle.
La figure maternelle en route pour l’action, son mari, Bob, se retrouve acculé à un rôle d’homme au foyer qu’il trouve frustrant. Le film familial s’engouffre dans les plis du film d’action, et celui-ci vient illustrer les aléas de la vie de famille.
Le film de super-héros se redéfinit à la faveur d’un montage parallèle qui entremêle les exploits de la mère et ceux, plus prosaïques, du père pour finir par les égaliser. Car Bob devient à son tour un super-héros du quotidien qui doit contenir une série de catastrophes : les premiers émois amoureux de sa fille Violette, les devoirs de mathématiques de Flèche (scène très belle où le père se réveille en pleine nuit pour venir à bout des devoirs du fils) et la croissance du petit Jack-Jack, métaphorisée par le surgissement de ses pouvoirs - le corps du nourrisson devenant le véritable ressort comique et expérimental des Indestructibles 2.
Le film familial s’engouffre dans les plis du film d’action, et celui-ci vient illustrer les aléas de la vie de famille. Car Les Indestructibles 2 ne fait finalement que prendre un long et beau détour pour traiter de la famille et des contradictions qu’elle renferme : étouffante et émancipatrice, dysfonctionnelle et harmonieuse, extraordinaire et très banale. En ne perdant jamais de vue cet horizon de quotidienneté, Les Indestructibles 2 permet au film d’action de garder les pieds sur terre.
C’est peut-être cette dose de gravité qui, jusqu’ici, manquait au genre.
| Aspect | Description |
|---|---|
| Réalisation | Brad Bird |
| Scénario | Brad Bird |
| Musique | Michael Giacchino |
| Année de sortie | 2018 |
| Genre | Animation, Super-héros |
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