Analyse du film "Nous finirons ensemble" de Guillaume Canet

Presque une décennie après le succès colossal des Petits Mouchoirs, Guillaume Canet retrouve sa galerie de personnages pour un nouvel été de poilades sensibles. Incarnés par Marion Cotillard, Gilles Lellouche, Laurent Lafitte, François Cluzet, Valérie Bonneton, Benoît Magimel et consorts, ces personnages composent une suite plus dure que l’épisode précédent.

D’aucuns s’étaient gaussés de la dimension masturbatoire de ces Petits Mouchoirs, gros bourgeois ivres d’eux-mêmes et désireux de laisser mourir loin d’eux un ami encombrant. On croirait l’intitulé d’une partie fine un peu honteuse, et à bien des égards, l’objet filmique façonné par Guillaume Canet n’a pas d’autres ambitions. Il sera en effet question d’une collection de salopards, peine-à-jouir soucieux de balancer enfin la purée, mais surtout de se finir ensemble.

Dès l’ouverture du récit, une effraction amicale qui se voudrait acide, tragi-comique et malaisante, le spectateur ne sait sur quel pied danser. Mais justement parce qu’il rate tout ce qu’il entreprend, le cinéaste n'atteint pas ses objectifs en immortalisant une troupe de bourgeois « so french » dont il dit vouloir réaliser un portrait au vitriol.

Nous Finirons Ensemble - Bande-annonce officielle HD

Sous les pavés des huîtres

On aura souvent glosé sur l’artificialité des Petits Mouchoirs, son ostréiculteur trop terroir pour être honnête, la cosmique bêtise de ses personnages la longueur déraisonnable de la playlist iPod du réalisateur, mais il demeure indiscutable que d’un strict point de vue technique, l’ensemble se tenait.

Lire aussi: Le racisme en France

Les scènes humoristiques s’articulaient autour d’un tempo comique, Canet savait capturer un dialogue en sortant du champ-contrechamp, et sa gestion de l’espace faisait souvent preuve d’une certaine élégance.

François Cluzet dans Nous finirons ensemble
François Cluzet et un tuyau d’arrosage dans "Nous finirons ensemble"

Mystérieusement, toutes ces qualités ont ici disparu, remplacées par un montage atone et une photo baveuse. Le premier effet, c’est le sentiment d’aplat qui s’abat sur le récit, les innombrables péripéties qui le parsèment échouant à trouver une dynamique, une saveur, alors que les séquences les plus anodines se muent en indigeste pâté de répliques arythmiques. Le constat est encore plus alarmant avec les nombreuses scènes « dramatiques », ou « kidénonse », poussant le film entre l’autoparodie et la gueule de bois pure.

Comme absent à lui-même, Canet ne peut gérer sa note d’intention funambule, à savoir l’importance du collectif quand on est une sacrée bande de connards. Pire, malgré la dimension chorale de son histoire, le métrage semble hanté par un unique point de vue : celui du mâle blanc rotant son rosé entre deux massages prostatiques.

Un angle qui domine rapidement tous ceux qu’appelait pourtant ce récit à plusieurs voix, et qui pousse le film dans une improbable relâche, laquelle tue dans l’oeuf chaque embryon de dramaturgie.

Finitions Manuelles

Nous finirons ensemble en vient ainsi à jouer contre lui-même, dressant une cartographie de la bourgeoisie française involontaire (ou à tout le moins bien plus glauque que le film ne l’entend initialement). Rien ne nous est épargné.

Lire aussi: "Bienvenue chez nous" sur TF1

De la fascination absolue pour le pognon et la possession - qui vient légitimer toutes les ignominies du personnage interprété par Gilles Lellouche - en passant par la nécessité de ne jamais se priver de niquer des frangines, en passant par la légitimité de ne jamais prendre « non » pour une réponse valable quand il est question de copulation avinée, Nous finirons ensemble rend compte d’un certain état moral des « élites françaises », de l’entropie ravageant ses classes moyennes supérieures, beaufisées par leur propre sentiment de puissance.

Ce n’est pas pour rien qu’on y rit autour d’une tentative de suicide ratée, qu’on écarte les inquiétudes matérielles de nos héros, ou que la principale problématique de l’intrigue (une histoire de banqueroute) se voit littéralement résolue à coup de méthode Coué.

Pendant ce temps, le pauvre José Garcia répand ses gamètes au hasard du décor, les protagonistes de cette histoire ont chevillé au corps ce principe que décortiquait implacablement François Bégaudeau dans L’Histoire de ta Bêtise : le bourgeois a chevillé au corps la connaissance (honteuse) de son statut, la conviction qu’il pourra s’affranchir des limites morales et matérielles qui limitent ses semblables. Dès lors, jamais un problème ne peut entraver la bande à Marion Cotillard et Laurent Lafitte, tous gazeux, la matérialité n’ayant de prise sur aucun d’eux.

Pourtant, ce produit où on victimise systématiquement le besogneux, le simple, la « grosse », pour finir par asséner des clichés incroyablement malaisants sur l’homosexualité, a peut-être une vertu cachée. Dans quelques années, quand on se demandera comment la société française a pu se fracturer au point d’opposer des Gilets Jaunes asphyxiés par un régime endogame, ce film éblouira. Nous finirons ensemble veut croquer des personnages attachants car imparfaits, mais sa mise en scène déficiente le transforme en pensum bourgeois et daté.


Selon le site aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses.

Lire aussi: Tout savoir sur "La Vie devant nous"

tags: #nous #finirons #ensemble #vod