France Télévisions diffusait le mardi 17 juin une émission inédite intitulée "Sommes-nous tous racistes", un programme qui ambitionnait d'interroger les préjugés des Français, et en particulier les préjugés racistes. L'émission usait pour les mettre en avant d'expériences, gérées par Jamy Gourmaud, et n'a pas manqué de faire réagir.
Alors, sommes-nous tous racistes ? C'est une question qu'en filigrane, nous posions déjà dans « Où commence le racisme ? », le numéro d’avril 2020 de Philosophie magazine.
Ce mardi soir sur la Deux, le réalisateur et comédien partage son expérience sur le plateau de l’émission qui décrypte les mécanismes à l’origine de préjugés et de discriminations à partir d’expériences scientifiques.
Dans « Sommes-nous tous racistes ? », émission diffusée ce mardi 17 juin sur France 2 à 21h10, Lucien Jean-Baptiste intervient sur le plateau aux côtés de Marie Drucker et du psychosociologue Sylvain Delouvée pour réagir aux expériences scientifiques menées auprès de cinquante volontaires afin de mieux comprendre les mécanismes inconscients à l’origine de stéréotypes et de préjugés conduisant à des comportements discriminants.
France 2 propose un format inédit ce soir avec à la présentation, Jamy Gourmaud et Marie Drucker, accompagnés de deux invités : le comédien et réalisateur Lucien Jean-Baptiste et le psychosociologue Sylvain Delouvée. Titre de l’émission : Sommes-nous tous racistes ?
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Evidemment, la réponse n’est pas oui ou non. C’est plus compliqué que cela. Pour le prouver, 50 personnes qui ignorent l’intitulé et l’objectif de l’émission, sont soumises à une quinzaine d’expériences scientifiques.
C’est une expérience unique que propose Jamy Gourmaud à cinquante volontaires. En coulisses, Marie Drucker, le comédien Lucien Jean-Baptiste et le psychosociologue Sylvain Delouvée observent et commentent leurs réactions. Une soirée riche d’enseignements qui se poursuit avec la rediffusion de deux documentaires-événements : « Noirs en France » et « Je ne suis pas chinetoque. Histoire du racisme anti-asiatique ».
Présentée par Jamy Gourmaud et Marie Drucker, l’émission de France 2 vise à faire prendre conscience à chacun de ses préjugés.
« C’est un sujet inflammable », de l’aveu même d’Arnaud Poivre d’Arvor, à l’origine de « Sommes-nous-tous racistes ? ».
Ce qui explique que l’émission ait mis du temps à trouver sa place dans la grille des programmes de France Télévisions. Evoquée dès la rentrée 2024, annoncée pour le 18 mars cette année, il lui a fallu encore patienter trois mois.
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Arnaud Poivre d’Arvor explique avoir eu l’idée de cette émission atypique après avoir vu sur Channel 4 « How Racist are you ? » (« à quel point êtes-vous raciste ? », en 2009), programme inspiré de l’expérience menée en 1968 aux Etats-Unis par une institutrice, Jane Elliott, après la mort de Martin Luther King.
Diffusée ce mardi 17 juin sur France 2, l’émission au titre provocateur s’attache à démontrer l’influence des préjugés racistes à travers des expériences bien connues en matière de sciences sociales. Elle suscite en tout cas déjà l’ire de la bollosphère.
Dans une salle d’attente, quatre chaises sont disposées contre un mur, avec deux hommes, habillés de manière identique, assis côte à côte au milieu. Seule différence : l’un est noir, l’autre est blanc. Où les cobayes vont-ils s’asseoir ? Ça ne manque pas : quatre participants successifs s’installent sur la chaise à côté de l’homme blanc. Sont-ils influencés par la configuration de la pièce ? Les deux hommes échangent alors leurs places. Et là aussi, les participants choisissent - à une exception près - de s’asseoir à côté de l’homme blanc.
Voilà le genre de séquence au cœur de l’émission Sommes-nous tous racistes ?, diffusée ce mardi 17 juin sur France 2, et suivie par deux documentaires : Noirs en France et Je ne suis pas chinetoque : histoire du racisme anti-asiatique.
Le dispositif s’articule autour d’expériences bien connues dans le domaine des sciences sociales, se penchant sur l’influence des préjugés racistes et, plus largement, des discriminations sur nos comportements - une autre séquence s’intéresse ainsi à la glottophobie, soit les stéréotypes attachés à certains accents.
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Les 50 participants volontaires n’ont pas connaissance du sujet de l’émission, et pensent prendre part à des tests sur les «mystères du cerveau», pour un programme présenté par Jamy Gourmaud. Pendant ce temps-là, en coulisses, la présentatrice Marie Drucker décrypte les différentes expériences en compagnie de l’acteur-réalisateur Lucien Jean-Baptiste, grand témoin de l’émission, et du psychosociologue Sylvain Delouvée, maître de conférences à l’université Rennes 2.
Dispositif ingénieux et efficace, adapté à l’époque avec son mélange de télé-réalité (les cobayes commentent même les expériences dans une sorte de confessionnal) et de «react», ce format en vogue sur Twitch ou YouTube dans lequel des créateurs de contenus se filment en train de réagir à des vidéos - ici, Lucien Jean-Baptiste lie les résultats de ces tests avec son propre vécu. En complément, les explications du psychosociologue Sylvain Delouvée viennent apporter un contrepoint scientifique bienvenu, jamais moralisateur.
Certains se sont en tout cas sentis visés par le titre provocateur de l’émission. C’est le cas d’Alexandre Devecchio, qui s’est fendu vendredi d’un billet dans le Figaro magazine sans même avoir vu le programme : «France Télévisions va-t-elle “brainwasher” les Français sur l’existence d’un racisme systémique dans notre pays ?» Quelques jours plus tôt, Sonia Mabrouk avait tenu à lancer le débat sur CNews, là aussi sur la seule base de l’intitulé : «Si vraiment on prend le titre au pied de la lettre, peut-être que le racisme antiblanc sera aussi reconnu ?» espérait-elle.
En regardant Sommes-nous tous racistes ?, ils pourraient bien être déçus, au vu de l’universalité des préjugés racistes démontrés ici. Nous avons parfois des préjugés envers les personnes qui ne nous ressemblent pas. Afin d’étudier ces mécanismes, France 2 a mis en place un dispositif inédit : demander à 50 volontaires de participer à des expériences sans savoir qu’elles portent en réalité sur le racisme.
Toutes ces expériences sont scientifiquement prouvées et documentées et se décomposent ainsi.
Dans une salle d’attente munie de quatre chaises, deux personnes à la peau blanche ou noire s’installent sur les chaises du milieu, laissant le choix aux nouveaux arrivants de s’installer à côté de l’une ou de l’autre. Pour la scène suivante, on est choisi pour être juré d’assises et on vous demande de prononcer le verdict contre un criminel. On vous propose alors deux photos de l’accusé, un homme blanc et une personne de type maghrébin. Dans la troisième expérience, un jeune homme blanc, dans la rue, scie l’antivol d’un vélo, puis ce sera le tour d’un maghrébin et enfin d’une femme. Puis, on vous confie une arme et on demande aux volontaires de neutraliser les personnes armées, en se retrouvant face à des individus blancs, maghrébins ou noirs. La cinquième expérience a été réalisée auprès d’enfants de 5 à 6 ans lors d’un spectacle de marionnettes.
On se retrouve ensuite au théâtre devant une saynète jouée par six comédiens blancs et asiatiques. Les spectateurs doivent retrouver qui a dit telle ou telle réplique. La septième expérience est basée sur l’effet d’un accent sur son auditoire. On assiste à une conférence face à des spécialistes, avec un accent allemand, marseillais et africain, et les personnes testées doivent se prononcer sur la compétence, la persuasion et la sympathie des intervenants.
Le test suivant repose sur des photos d’une femme asiatique mangeant des sushis, se maquillant et dans une tenue médicale. Ensuite on propose aux candidats de visionner une vidéo dans laquelle une personne s’enfonce une aiguille dans sa main, blanche, noire ou verte. Quelles sont alors leurs réactions ? Le dernier test découle d’une image d’une scène de rue dans une ville.
Cette émission part d’un bon sentiment, mais, à la vue de ces expériences et de leurs analyses, tout le monde est donc raciste, ou, du moins, pour être précis, a des préjugés, des a priori, des idées reçues. Elle tend à montrer que ce sont des mécanismes inconscients qui nous conduisent à avoir des comportements discriminatoires. L’éducation, le milieu social et notre cercle relationnel peuvent éclairer certains comportements. Alors que faire pour accepter l’autre ? D'où vient le racisme et sommes-nous tous racistes ?
Aux manettes de cette émission "Sommes-nous tous racistes ?", les journalistes Marie Drucker et Jamy Gourmaud, figure de la vulgarisation scientifique avec C'est pas sorcier. Le concept est assez simple et repose sur d'anciennes expériences. Une cinquantaine de participants subissent une batterie de tests, sans savoir qu'ils portent sur le racisme.
Exemples : dans une salle d'attente où patientent un homme blanc et un homme noir, à côté duquel s'assoient-ils naturellement ? Amenés à juger, pour un même crime, un accusé blanc et un autre d'origine maghrébine, infligent-ils des peines similaires ? Ont-ils du mal à différencier les visages d'hommes d'origine asiatique?
Toutes ces expériences ont été "validées, appuyées" et permettent "d'illustrer des résultats qui font consensus dans la littérature scientifique", a souligné Sylvain Delouvée, conseiller scientifique du programme, lors d'une conférence de presse.
Dans le premier cas, la majorité des "cobayes" montrés à l'écran choisit le siège à côté de l'homme blanc, même après un changement de position. "Ce n'est pas un comportement raciste en tant que tel", décrypte dans l'émission Sylvain Delouvée, invoquant la recherche de la "similarité", des "gens qui nous ressemblent", et une "question de choix, pas forcément volontaire".
L'émission n'a "pas pour but d'analyser le racisme au point de vue sociétal, mais bien de comprendre ce qui se joue dans le cerveau, les préjugés, les stéréotypes", a insisté devant la presse le directeur des magazines de France Télévisions, Florent Dumont, espérant qu'elle aurait une "résonance" dans la société.
"Cela pose à chacun d'entre nous, de manière très individuelle, des questions assez fondamentales sur ces préjugés, ces stéréotypes, dont on n'a sans doute pas pris conscience", a-t-il fait valoir.
"L'idée, ce n'est pas dire que le racisme, ce n'est pas bien. Je pense, j'espère qu'on est tous d'accord sur cette question", a abondé Lucien Jean-Baptiste. "En revanche, ce qui m'a plu, c'est d'y réfléchir, d'y réfléchir ensemble, de se poser des questions. D'où ça vient ?
Marie Drucker a également vanté un programme "utile" et "nécessaire". "On n'est pas dans la stigmatisation des uns ou des autres. On n'est pas dans la culpabilisation. Alors, on ne veut pas non plus déculpabiliser les gens. Mais l'idée, c'est une prise de conscience sur ces phénomènes" avec "une approche scientifique" et pas "politique" ou "idéologique", a fait valoir Arnaud Poivre d'Arvor.
Il a imaginé le concept il y a quatre ans, inspiré notamment par une autre émission diffusée en 2010 sur France 2, "le jeu de la mort", adapté de l'expérience de psychologie sociale de Milgram menée en 1963 pour sonder les mécanismes de la soumission aux nazis. Des candidats de bonne foi y obéissaient aux consignes jusqu'à se muer en tortionnaires à l'égard de l'un d'entre eux.