Mediapart a sorti, le 8 janvier, son film sur l’affaire des financements libyens de la campagne présidentielle de 2007, nommé « Personne n’y comprend rien ». Ce documentaire citoyen passionnant a été produit grâce à une campagne de financement participatif, pour laquelle plus de 10 000 personnes ont donné plus de 500 000 euros afin de donner corps à ce projet qui oppose des faits et des preuves matérielles à la réalité alternative proposée par Nicolas Sarkozy.
Le film a été diffusé dans une cinquantaine de cinémas indépendants. Avec une moyenne de 86 entrées par séance et un total de 5.800 entrées pour la seule journée du samedi 11 janvier, le documentaire « Personne n’y comprend rien » enregistre des scores impressionnants.
Réalisé par Yannick Kergoat, notamment connu pour le documentaire critique Les Nouveaux Chiens de garde, le film ambitionne de vulgariser le lourd dossier du financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy, dont le procès s’est ouvert le 6 janvier. Profitant de l’ouverture du procès pour le financement libyen de la campagne présidentielle de l’ancien locataire de l’Élysée, le documentariste Yannick Kergoat éclaire ce scandale politico-financier.
Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi à Tripoli, le 25 juillet 2007. (Pascal Rossignol/Reuters)
Genèse et Objectifs du Film
Le film étant sorti en parallèle de l’affaire judiciaire en cours, cette absence suscite une vive frustration chez de nombreu.x.ses Lillois.es. C’est le cas de Justine Clastre, étudiante à Lille : « J’ai hâte de le voir car je n’ai jamais réussi à comprendre cette affaire, et je souhaite soutenir le travail de Mediapart qui ne me déçoit quasiment jamais. En plus de ça, j’aime beaucoup le cinéma et je trouve que c’est très intéressant d’utiliser ce vecteur à des fins journalistiques. »
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Inspiré par la déclaration de l’ancien président : « Les Français sont bien en peine de résumer ce qu’on me reproche. Nicolas Sarkozy, l’un des accusés, a dit dans une interview parue le 16 août 2023 dans le Figaro Magazine : « les français sont bien en peine de résumer ce qu’on me reproche. Personne n’y comprend rien ! ». Quand il déclare au Figaro “Personne n’y comprend rien” à propos de cette affaire, on lui répond “chiche”», explique Fabrice Arfi, coresponsable des enquêtes à Mediapart.
En guise de clin d’œil, le réalisateur Yannick Kergoat a choisi de reprendre cette expression, "Personne n’y comprend rien", comme titre de son film. Mais là où Nicolas Sarkozy a tort, c’est que non seulement il y a quand même en France un certain nombre de personnes qui comprennent quelque chose à cette affaire et qui sont tout à fait capables de la résumer, mais en plus, certaines d’entre elles, les journalistes d’investigation de Médiapart Fabrice Arfi, Michaël Hajdenberg et Karl Laske qui, après avoir enquêté sur cette affaire pendant plus de 10 ans, ont choisi d’apporter leur savoir au film de Yannick Kergoat, ce qui permettra à toutes celles et à tous ceux qui auront vu "Personne n’y comprend rien" d’être informé(e)s et de suivre le procès sans être complètement perdu(e)s.
Structure et Narration
Lorsque celui-ci a éclaté avec l’enquête des journalistes de Mediapart Fabrice Arfi, Karl Laske et Antton Rouget. Le réalisateur de « la (Très) Grande Évasion » et des « Nouveaux Chiens de garde » (avec Gilles Balbastre) l’a pris au mot et tente de démêler les fils d’un dossier dont l’ordonnance de renvoi fait plus de 500 pages. Il a donc dû faire des choix et laisser certains aspects de côté. Son parti pris narratif repose sur l’enquête journalistique et pas sur un récit chronologique.
Mais cet ensemble déconstruit reste fluide, car il s’appuie sur des bases solides et un dispositif cinématographique simple. Fabrice Arfi et Karl Laske expliquent les faits. S’y agrègent également quelques grands témoins.
François Molins, l’ancien procureur général près la Cour de cassation, évoque les attaques répétées de l’ancien président et de son clan contre les magistrats et la justice. L’économiste des médias Julia Cagé pointe les liens intimes entre l’ex-locataire de l’Élysée, des patrons de presse et des journalistes en vue. Patrick Haimzadeh, un ancien diplomate en poste en Libye, parle de cette dictature militaire avec laquelle des hauts représentants de l’État ont frayé.
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Quant à Danièle Klein, sœur de l’une des victimes de l’attentat du DC 10 de la compagnie UTA, orchestré en 1989 par des proches de Kadhafi, elle rappelle comment cette affaire a des liens directs avec nos vies du fait de la tentative d’abandonner les poursuites contre le commanditaire de cette tragédie qui provoqua 170 morts.
Malgré les drames, puisque en toile de fond il y a également la guerre en Libye, le film recèle des moments de comédie tels les aveux et rétractations de l’homme d’affaires Ziad Takieddine ou les interventions de Mimi Marchand, conseillère en image appelée à la rescousse pour sauver le soldat Sarkozy.
Face à ce qu’on pourrait qualifier de plus gros scandale politico-financier du XXIème siècle, et certainement de la Vème République, s’il y a une condamnation judiciaire définitive, les journalistes présentent de façon très didactique les innombrables preuves recoupées : documents, témoignages, rendez-vous, virements bancaires, cash…Le remarquable travail journalistique est passé, la vérité judiciaire ne saurait tarder.
Ce documentaire n’a jamais de temps mort : Tout rebondit, tout s’enchaine dans la logique implacable de la dissimulation et, en fin de compte, tout s’explique. La suffisance de l’ancien Président n’y changera rien.
Réception et Impact
Les dessous de l'enquête sur l'affaire Khadafi / Sarkozy - L’info du Vrai du 20/03 – CANAL+
Dimanche, le cinéma Utopia de Pont-Sainte-Marie recevait Edwy Plenel. Le journaliste, co-fondateur du site d'information Mediapart, présentait au public le film « Personne n'y comprend rien ». Il y a beaucoup de monde ce matin à Pont-Sainte-Marie (ndlr, face à l'affluence une salle supplémentaire a dû être ouverte). On est très surpris nous-mêmes du succès que rencontre « Personne n'y comprend rien », qui a démarré très, très fort.
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Le nombre de salles augmente sans arrêt, la notation spectateur sur le site Allociné est la plus forte de toute l'histoire. C'est une des dernières décisions que j'ai prises en tant que président de Mediapart, avant de passer la main. Il fallait accompagner ce procès, qui est quand même sans précédent, avec plus de trois mois d'audience.
La plupart des médias dominants n'ont pas accompagné nos révélations, souvent relativisées, minorées. Et donc, nous, on se tourne vers le public pour créer ce débat d'intérêt général. L'objectif c'est de secouer notre indifférence à ces questions de probité, à ces questions d'éthique (...).
Eh oui, personne n'y comprenait rien ... avant de voir ce film. On a un peu l'impression de voir Le Parrain ... en documentaire ... Un film d'utilité publique ! Après avoir vu PERSONNE N'Y COMPREND RIEN, nous n'écouterez plus les infos de la même façon ! Merci l'équipe de Mediapart de nous donner la possibilité de penser mieux et autrement, merci Yannick Kergoat de nous permettre de le faire collectivement dans une salle de cinéma, c'est puissant.
Difficile de s'engager sur le terrain glissant d'une enquête dangereuse et plus que jamais d'actualité. Le parti pris de la mise en scène à priori statique de Yannick Kergoat fonctionne admirablement et réussit à nous faire comprendre tous les rouages de cette affaire machiavélique.
Le Contexte Judiciaire et les Suites
Le film Personne n’y comprend rien est sorti en salle au moment où débutait le procès de l’affaire des financements libyens, en janvier 2025.N’y figurent donc ni les éléments débattus à l’audience, ni, a fortiori, le jugement rendu le 25 septembre 2025.
Par ce jugement, le tribunal a relaxé Éric Woerth, ancien ministre de Nicolas Sarkozy qui fut le trésorier de sa campagne présidentielle de 2007. Le tribunal a aussi prononcé une « extinction des poursuites » à l’égard de Thierry Gaubert, l’ami historique de Nicolas Sarkozy. Le tribunal a estimé que les faits de blanchiment de fraude fiscale retenus contre lui avaient déjà été jugés en 2024.
Le tribunal a en outre estimé qu’il n’y avait pas de preuve que les fonds qu’il avait reçus de la part de Ziad Takieddine en 2006 étaient destinés à la campagne de Nicolas Sarkozy. L’intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine est mort deux jours avant que le jugement soit rendu, ce qui a entraîné l’extinction de l’action publique le concernant.
Claude Guéant a écopé de six ans de prison, sans mandat de dépôt. Brice Hortefeux de deux ans de prison, aménageables sous forme de détention à domicile. Alexandre Djouhri à six ans de prison avec mandat de dépôt. Bachir Saleh à cinq ans de prison.
Quant à Nicolas Sarkozy lui-même, s’il a été condamné à cinq ans de prison avec mandat de dépôt à effet différé pour association de malfaiteurs, il a en revanche été relaxé des trois autres chefs d’accusation, notamment des faits de corruption. L’ancien président de la République a déclaré faire appel de la décision, tout comme le parquet national financier.
Pressions extérieures, pièges et manipulations, mystères et zones d’ombres : dans ces bonus, le réalisateur Yannick Kergoat et les journalistes Fabrice Arfi, Michaël Hajdenberg et Karl Laske racontent ce qui a rythmé plus de dix ans d’enquêtes journalistiques, et comment le film a pu être réalisé.
| Nom | Sentence |
|---|---|
| Claude Guéant | Six ans de prison (sans mandat de dépôt) |
| Brice Hortefeux | Deux ans de prison (aménageables) |
| Alexandre Djouhri | Six ans de prison (avec mandat de dépôt) |
| Bachir Saleh | Cinq ans de prison |
| Nicolas Sarkozy | Cinq ans de prison (avec mandat de dépôt à effet différé pour association de malfaiteurs, relaxé des autres chefs d'accusation) |