L'Heure des Prédateurs: Analyse d'une Nouvelle Ère Politique

Giuliano da Empoli, dans son essai "Les Ingénieurs du chaos", diagnostique l'émergence de leaders tels que Beppe Grillo, Viktor Orbán et Jair Bolsonaro, qui partagent une stratégie commune : utiliser les outils des plateformes numériques pour alimenter la colère contre les élites. Il postule qu'une nouvelle équation politique a émergé, associant la rage et les algorithmes pour déstabiliser les démocraties libérales.

Selon da Empoli, le chaos est l'instrument des insurgés, de ceux qui se sentent exclus du système et veulent renverser la table. La "folie" de leurs leaders, réelle ou simulée, désarme l'expertise et le système, comme observé lors de la révolte des "gilets jaunes" en France.

Mais, Trump ne nous fait-il pas sortir de ce modèle ? Avec Trump, on est passé au stade d’après, celui où le chaos n’est plus l’arme de l’insurgé mais le sceau du pouvoir. C’est le stade du chaos hégémonique ou de l’hégémonie du chaos. Il s’inscrit dans une nouvelle ère de la politique, que j’appelle « l’heure des prédateurs ».

Comme Mohammed ben Salmane en Arabie Saoudite, Nayib Bukele au Salvador ou Javier Milei en Argentine, le prédateur est un gouvernant qui cherche à produire la sidération par l’usage démultiplié de la force.

La tyrannie est un mode d’exercice du pouvoir très ancien. A l’image du prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman, qui avait mis en scène, fin 2017, un incroyable guet-apens contre des dignitaires de son royaume, piégés et soumis à de longs mois d’interrogatoire au Ritz-Carlton de Riyad. Ou de Nayib Bukele, jeune président du Salvador, « à mi-chemin entre Simon Bolivar et un personnage de Star Wars », qui, confronté à la violence des gangs dans son pays, proclama l’état d’urgence et exigea l’arrestation de toutes les personnes tatouées.

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Les « borgiens » sont là, estime Giuliano da Empoli. De Trump à Poutine, ils jouent sur l’effet de sidération provoqué par leurs actions irréfléchies - la marque du pouvoir du prince, selon l’auteur. Et ils sont désormais dotés d’une puissance nouvelle, et sans doute inégalée : l’ingénierie algorithmique des plateformes numériques. Cette alliance peut provoquer des crises et des insurrections en toutes circonstances.

C’est pourquoi nous assistons à un surprenant renversement : « Le chaos n’est plus l’arme des rebelles, mais le sceau des dominants. »

Donald Trump

Face à cette déferlante des prédateurs, le « parti des avocats » - le camp des défenseurs des normes démocratiques et des droits des minorités - paraît bien affaibli.

Giuliano da Empoli peint le tableau des César Borgia [prince italien de la Renaissance qui inspira Machiavel] du monde contemporain. Tel un Machiavel transposé dans la Silicon Valley ou un Fabrice del Dongo [le héros de La Chartreuse de Parme, de Stendhal] à l’ONU.

À l'image du prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman, qui avait mis en scène, fin 2017, un incroyable guet-apens contre des dignitaires de son royaume, piégés et soumis à de longs mois d'interrogatoire au Ritz-Carlton de Riyad.

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Giuliano da Empoli alerte sur l'alliance des magnats des nouvelles technologies et des populistes autoritaires qui met l'humanité à « l'heure des prédateurs ». Installé dans la peau d'un « scribe aztèque », l'essayiste analyse l'emprise politique des « conquistadors de la tech ».

C’est un ancien converti qui alerte : l’alliance des magnats des nouvelles technologies et des populistes autoritaires met l’humanité à « l’heure des prédateurs », affirme Giuliano da Empoli.

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Les Prédateurs : Un Film Quasi Documentaire sur les Mécanismes du Pouvoir

Le film « Les Prédateurs » produit par Canal +, explore le scandale politico-financier d'Elf, une affaire complexe où se croisent François Mitterrand, Roland Dumas, Christine Deviers-Joncour et bien d'autres figures.

Le chef d'orchestre de cette superproduction, Lucas Belvaux, a su alterner les rythmes, filmer les dialogues - essentiels ! -, cadrer les affrontements dans l'espace clos des bureaux, ces champs de bataille de l'homme moderne. L'austérité des scènes, renforcée par d'impeccables longs plans-séquences, est habitée par son regard attentif, souvent humain, parfois ironique. Il ne cherche pas à juger ses personnages, mais à les représenter. Il livre des indices et des repères pour comprendre ou suggérer une réflexion. Comme si personne ne pouvait résister à l'ivresse du pouvoir...

L'intrigue, solidement construite à partir du dossier judiciaire, est évidemment simplifiée : il ne sera pas question des frégates de Taïwan, du dossier Roland Dumas ou du financement occulte de la CDU (le parti démocrate-chrétien allemand). Elle se fixe sur les liaisons dangereuses entre Elf, le Gabon et le Congo : l'entreprise de corruption des chefs d'État africains, l'ingérence du groupe dans les coups d'État sans compter le financement des partis politiques : du PC au RPR, du PS à l'UDF, tous recevaient les faveurs faisandées de l'entreprise.

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Le second épisode s'intéresse au pan judiciaire du dossier. Pressions, intimidations, obstruction, rien n'est épargné à la juge Eva Joly. En même temps, Nicole Garcia interprète un personnage qui n'est pas de blanc vêtu. Son recours à la prison préventive s'avère notamment ambigu comme si, au fond, personne ne pouvait résister à l'ivresse du pouvoir.

Les fils, invisibles au plus grand nombre, qui unissent et enserrent en un groupe cohérent cette nouvelle aristocratie sans noblesse, apparaissent ici dans la lumière la plus vulgaire.

Le dîner organisé par Christine Deviers-Joncour avec le ministre des affaires étrangères, Roland Dumas, afin d'introduire et de pousser Le Floch, est à la fois banal et consternant. Cependant, Lucas Belvaux montre l'éthique du parvenu, l'esthétique de La Grande Bouffe en costume d'aujourd'hui.

Dans ce monde sans grandeur et sans âme, symbolisé par le quartier de la Défense, peu résistent à la tentation de l'abîme. Seule Eva Joly, au nom d'une certaine idée de la justice, celle d'Antigone, refuse ce nouvel ordre moral.

En montrant l'implication d'Elf dans les affaires intérieures de certains pays africains, en pointant son soutien matériel dans des coups d'État, Les Prédateurs nous interroge en retour : jusqu'où pactiser avec les dictatures ? Devons-nous participer au financement de régimes notoirement corrompus ? Pouvons-nous soutenir l'effort de guerre d'un gouvernement sans être moralement responsables de ses exactions ?

Lucas Belvaux nous oblige à voir et à comprendre que notre indépendance énergétique, centrale dans cette histoire, capitale pour notre économie, a eu aussi dans cette affaire un coût humain.

"Les Prédateurs" de Tony Scott : Esthétisme, Érotisme et Fantastique

Drôle de réalisateur que Tony Scott, dont le premier film, Les prédateurs, est devenu culte à travers le temps, ce qui est amusant vu combien cette thématique est importante dans l’œuvre.

Un couple beau et mystérieux, Miriam et John, habite dans un luxueux hôtel particulier de New-York. Ils se désirent et se jurent l'amour éternel quand John semble ressentir soudainement des signes de vieillissement précoce. À la télévision, Miriam suit l'interview de Sarah Roberts, médecin spécialiste de ce domaine bien précis et qui mène des expériences sur les singes. Miriam décide de la rencontrer et au cours d'une séance de dédicace publique elle réussit à attirer son attention sans lui parler.

C'est fou comme Les prédateurs est daté « années 1980 ». Tous les éléments visuels et sonores de cette époque y sont présents, que ce soient les rideaux agités par le vent à la lumière saturée, version David Hamilton bien évidemment, une esthétique d'un kitsch pas possible. La bande originale compte aussi bien le groupe Bauhaus et son titre phare, Bela Lugosi's Dead, qui est une entrée en matière très littérale dans la thématique du long-métrage, que des compositeurs classiques tels Franz Schubert ou Johann Sebastian Bach.

L'effet est saisissant et l'on adhère du coup d'autant mieux au propos qu'il va développer tout au long de cette histoire.

On sent dès le début que nous sommes dans le fantastique, et que des vampires sont les personnages principaux, mais ce qui est peut-être plus original est la façon de le présenter, puisque cela ne restera très longtemps que sous-entendu. D'où cet aspect glamour et très sexué des Prédateurs, rendu célèbre au travers de la scène de saphisme entre Catherine Deneuve, magnifique tout au long du film, et Susan Sarandon, qui lui tient la dragée haute. Mais David Bowie n'est pas en reste et il développe une fois de plus un personnage troublant, à la fois glaçant et attirant.

Si l’on retrace l’histoire du cinéma et de la télévision, on constate que le chemin pour inclure des personnages représentant toutes sortes de minorités sociales dans les textes culturels a été très long et sinueux.

The Predator

"The Predator" (2018) : Une Critique de l'Inclusivité Superfielle et des Stéréotypes Machistes

Dans le cas du nouveau The Predator (dont le titre, par rapport au Predator de 1987, a été enrichi de l’article générique « the »), le personnage principal est un tireur d’élite professionnel qui assiste à l’arrivée d’extraterrestres sur Terre. Le travail d’un ranger de l’armée américaine, comme le résume le fils de soldat dans le film, est de tuer des gens.

Dans des productions comme The Predator, la base de la caractérisation machiste du personnage est généralement l’appartenance à l’une des formations en uniforme, telles que l’armée, la police ou les pompiers, ainsi qu’une tendance à l’insubordination et une incapacité à s’intégrer dans la société.

Le portrait de la famille est complété par son dernier membre, un fils adolescent atteint d’autisme. Le personnage de cet enfant est aussi exagéré que tous les autres dans le film. En théorie, son existence dans l’histoire devrait impliquer l’inclusivité de l’ensemble du texte.

L’orbite du tueur des prédateurs comprend également un groupe de soldats-patients d’un hôpital psychiatrique, luttant contre le syndrome de stress post-traumatique. Ils sont décrits comme un joyeux groupe de cinglés, chacun ayant ses propres peurs « amusantes », mais aussi des compétences de combat inhabituelles.

Le chef-d’œuvre de la perfidie, c’est la triste fin de deux autres soldats qui, comme le suggère le film, sont homosexuels et amoureux l’un de l’autre. Une fois de plus, on assiste à une fausse inclusivité dans The Predator. Elle est fausse parce que les préférences sexuelles des amants en uniforme sont résumées par un grognement méprisant du personnage principal.

Qui donc survit à cet anéantissement cinématographique métaphorique, sorte de pogrom des personnes dérangeantes pour les milieux de la droite extrême ? Tous blancs, et parmi eux un soldat invincible, hétérosexuel, qui n’hésite pas à recourir à la violence pour ordonner le monde. Ensuite, une scientifique, dont les connaissances sont utiles au soldat, et qui semble n’avoir aucun problème à se faire traiter de manière agressive par son commandant masculin. Enfin, un garçon autiste, dont le trouble est traité ici de manière accessoire.

Il convient donc de noter que des œuvres cinématographiques telles que The Predator sont extrêmement intéressantes d’un point de vue social. Celles-ci introduisent clandestinement, sous couvert d’une action simple et de dialogues peu sophistiqués, une perception concrète des différents rôles joués par leurs protagonistes au sein d’une collectivité humaine donnée.

En même temps, ils créent, sous la forme d’un spectacle facile et agréable, une machine de propagande cachée. Ce collectif est principalement composé d’hommes blancs frustrés par leur manque d’attrait pour les femmes.

Trump - bien qu’il ait été l’instigateur des événements de Washington précités et qu’il y a des affaires pénales en cours contre lui - a été réélu à la tête des États-Unis en novembre 2024. Cet exploit a été rendu possible grâce à un bon tube de propagande et aux médias qui lui sont favorables, comme le réseau social X d’Elon Musk.

La réponse à la confusion d’un grand groupe de citoyens de son propre pays ne doit pas être de manipuler leurs sentiments et leurs esprits. Il est important que leurs besoins et leurs difficultés soient pris en compte par le gouvernement, les services de santé et les services sociaux.

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