La couverture médiatique du conflit israélo-palestinien, et plus particulièrement de la situation à Gaza, est un sujet sensible et complexe. France 2, comme d'autres médias, a tenté de rendre compte de cette réalité, mais ses reportages ont souvent suscité des réactions passionnées et des controverses. Cet article se penche sur certains de ces reportages, en analysant leur contenu, les réactions qu'ils ont provoquées et les enjeux qu'ils soulèvent.
Gaza : un biais médiatique ?
Un aperçu de la couverture médiatique
Le 19 octobre, France 2 a consacré une édition spéciale aux massacres du 7 octobre et à l’intervention militaire israélienne qui a suivi, intitulée « Israël-Gaza : l’onde de choc ». L’objectif affiché était de « faire le point sur le conflit afin de mieux comprendre ses tenants et ses aboutissants », avec l’éclairage de « nombreux spécialistes du Moyen-Orient ».
L'émission a invité huit intervenants, dont Bertrand Badie, David Khalfa, Isabelle Defourny et Christophe Gomart. Valérie Zenatti, écrivaine et scénariste ayant vécu huit ans en Israël, est également intervenue. France 2 a privilégié le zapping et la multiplicité des intervenants, ce qui a contribué à une certaine cacophonie, nivelant toutes les voix.
Le temps de parole cumulé des invités variait considérablement, allant de 8 minutes et 55 secondes pour David Khalfa à seulement 2 minutes et 33 secondes pour Raphaël Morav. Les interruptions constantes des présentateurs ont réduit le temps de parole moyen par intervention. Certains intervenants, comme BHL, ont bénéficié d'un traitement privilégié, tandis que d'autres, comme Isabelle Defourny de MSF, ont été interrogés à seulement trois reprises et ont subi de nombreuses interruptions.
Les contraintes du format télévisuel
Les présentateurs, engagés dans une course contre la montre, étaient soucieux de « faire circuler la parole » sans y parvenir, et aveuglés par le mythe professionnel postulant un désintérêt des téléspectateurs face aux « tunnels ». Les journalistes ont souvent interrompu leurs invités, soulignant l'impatience ou l'indifférence, car s'exprimer plus de deux minutes en continu semblait déjà relever d'un trop-plein.
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Certains intervenants ont décidé de jouer les bons élèves, comme David Khalfa, qui s'est interrompu de son propre chef au bout de quarante secondes. Pour d'autres, le dispositif médiatique est devenu un empêchement. Bertrand Badie, par exemple, n'a jamais pu parler plus d'une minute sans interruption, ce qui a rendu difficile le développement de sa pensée.
Les thématiques abordées
L'émission a abordé de nombreuses thématiques :
- Massacres du 7 octobre
- État d’avancement de l’offensive israélienne
- État de la situation à Gaza
- Histoire du Hamas
- Perspectives politiques
- Corridor humanitaire
- Blocus de Gaza
- Otages israéliens
- Mobilisation des réservistes israéliens
- Souffrances liées aux attentats
- Situation au Liban, en Iran, etc.
Chaque thématique était censée être introduite par un reportage, un direct ou un décryptage minimaliste. Cependant, chaque thématique était survolée, et le prétendu « débat » n’existait pas.
Controverse autour d'un reportage d'"Envoyé spécial"
En 2018, un reportage d'"Envoyé spécial" intitulé « Gaza, une jeunesse estropiée », qui mettait en lumière les Palestiniens blessés par les tirs israéliens à la frontière, a suscité une vive controverse. L’ambassadrice d’Israël en France, Aliza Bin Noun, a demandé à la présidente de France Télévisions d’annuler la diffusion du reportage, le jugeant « déséquilibré » et présentant Israël de manière « très négative ».
Le reportage montrait des Palestiniens protestant contre l’État israélien, y compris des familles avec enfants, des adolescents non armés, et des jeunes lançant des pierres ou des cerfs-volants enflammés. De l’autre côté, l’armée israélienne était filmée tirant à balles réelles sur les manifestants. L’ambassade d’Israël a estimé que les quelques minutes accordées à l’État juif pour se défendre ne suffisaient pas à faire du sujet un reportage « équilibré ».
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Réactions et défense du reportage
Yvan Martinet, l’un des journalistes d’"Envoyé spécial", n’a pas souhaité faire de commentaire « pour ne pas alimenter le brasier d’un sujet aussi sensible » mais « ne retire pas une virgule du reportage ». Au sein de la rédaction d’"Envoyé spécial", on a déploré qu’Israël « s’abaisse aux méthodes de l’Azerbaïdjan » en demandant l’annulation du reportage.
L'ambassade israélienne a affirmé qu'il ne s'agissait pas de censure, mais d'un exercice de leur droit de réponse. Cependant, la demande d'annulation d'une production journalistique par une représentante diplomatique a été jugée inquiétante.
Témoignages poignants et réalités de Gaza
D'autres reportages ont mis en lumière les réalités de la vie à Gaza, notamment les souffrances des enfants. Depuis octobre 2023, selon l’Unicef, 15 613 enfants ont été tués dans l’enclave palestinienne.
Un reportage d’« Envoyé spécial » a suivi des enfants gazaouis, comme Haneen, une fillette de 5 ans brûlée au troisième degré après le bombardement d'une école. L'établissement, qui abritait des déplacés, a été en grande partie détruit. Ward Al Sheikh Khalil, une autre rescapée de 5 ans, a perdu sa mère et ses cinq frères et sœurs dans la frappe.
Jana, une autre enfant gazaouie, doit s'occuper de sa famille depuis la mort de son frère, tué par un sniper israélien. Elle doit attendre des heures pour remplir un seau d'eau.
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Les observatrices de Nahal Oz
Un film diffusé sur France 5 revient sur les événements du 7 octobre 2023, en se concentrant sur les jeunes soldates de surveillance de la base de Nahal Oz. Ces jeunes femmes ont été les premières à avertir de l’attaque du Hamas, mais leurs avertissements n'ont pas été écoutés. Quinze d’entre elles ont été tuées, sept ont été prises en otage.
Le film propose de retracer la chronologie des événements et de comprendre pourquoi leurs avertissements n'ont pas été écoutés. Il souligne l'importance cruciale du poste d’observatrice pour la sécurité d’Israël.
Un exil déchirant
L'histoire d'Alaa, une jeune femme originaire de la Bande de Gaza, illustre les conséquences humaines du conflit. Depuis deux ans, elle vit seule en France, à Rennes, tandis que le reste de sa famille est bloquée en Égypte. Cette séparation, due aux difficultés de déplacement et aux restrictions imposées, témoigne des réalités douloureuses vécues par de nombreuses familles gazaouies.
Alaa se souvient de ses retrouvailles avec sa famille au Caire, après avoir quitté Gaza. Son père, Mohamed Ghazal, exprime l'espoir de retrouver leur pays et d'être réunis à nouveau. Cette famille coupée en deux, séparée par des milliers de kilomètres, incarne l'exil à deux vitesses imposé par le conflit.