Le film français "Sauver ou périr", réalisé par Frédéric Tellier, est une œuvre poignante qui explore la vie d'un pompier confronté à une tragédie et à la nécessité de se reconstruire. Sorti sur les écrans le 28 novembre, ce film bouleversant met en scène un homme tout entier donné à son métier, fier de ce qu'il fait et investi dans sa préparation pour devenir commandant de feu.
Dans son dernier film, L’affaire SK1, Frédéric Tellier retraçait avec réalisme et humanité l’affaire Guy Georges, des premiers meurtres en 1991 au procès dix ans plus tard. Pour Sauver ou périr, il s’inspire de faits réels et rend hommage à l’héroïsme des sapeurs-pompiers, tout en définissant son récit comme « une histoire d’amour. »
Le cinéaste a voulu une double temporalité très contrastée avec « un personnage, un pompier, au service des autres qui aurait tout, et qui se retrouverait grand brûlé, miraculé, mais qui perdrait tout, et qui devrait réapprendre à vivre ».
Le film se découpe en deux parties : la vie de pompier et l'après-accident. Il comporte des scènes assez spectaculaires sur les interventions des pompiers. Mais cette partie enchaîne sans vraiment d'âme, mais avec un style quasi documentaire assez intéressant et elle peut paraître juste là pour démontrer l'après, ou "la chute sera d'autant plus lourde" pour le héros, et que les pompiers sont formidables, forcément sacrificiels !
Pierre Niney dans le rôle de Franck Pasquier.
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Synopsis
Franck Pasquier a la vie dont il rêve. Il exerce passionnément son métier de pompier pour lequel il déploie tous ses talents physiques et relationnels avec les victimes et leurs proches. Il vit dans l’atmosphère fraternelle de sa caserne et coule le parfait amour avec Cécile, sa femme institutrice. Une vie rêvée ne signifie pas qu’on n’a plus de rêves. Le jeune couple veut fonder une famille. Franck s’entraîne dur pour devenir un spécialiste des incendies.
C’est leur vie à tous les deux qui bascule lorsqu’il est grièvement brûlé en sauvant des vies. Franck est sapeur-pompier de Paris. Il sauve des gens. Il vit dans la caserne avec sa femme qui accouche de jumelles. Il est heureux. Lors d’une intervention sur un incendie, il se sacrifie pour sauver ses hommes. A son réveil dans un centre de traitement des Grands Brûlés, il comprend que son visage a fondu dans les flammes. Il va devoir réapprendre à vivre, et accepter d’être sauvé à son tour.
Le film nous montre d’abord un homme tout entier donné à son métier, qui en est fier, qui investit du temps pour préparer les difficiles examens lui permettant de se présenter à l’épreuve de commandant de feu. S’en suivent 6 mois de coma, un réveil douloureux, la révolte et la colère, le sentiment d’être un monstre et de n’être plus digne de son épouse, et même l’envie d’en finir.
Une double temporalité
Dans une première partie rythmée au cœur d’un Paris estival, le temps du bonheur se révèle particulièrement radieux avec un couple solaire dont les seules ombres (ils n’ignorent pas la dangerosité du travail des pompiers, elle aimerait avoir un vrai « chez eux ») soulignent par contraste la lumière. Dans une seconde partie, lente et toute en clairs-obscurs, la plongée dans le quotidien douloureux de Franck apparaît comme éprouvante et sombre.
Le schéma est classique mais efficace : accident, reniement, désespoir, acceptation, reprise du goût à la vie. Nous voyons surtout que le métier de pompier est réellement difficile et risqué, mais que l'envie d'aider son prochain prend le dessus.
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La souffrance physique et psychique
A la souffrance physique, s’ajoute l’effondrement psychique. Franck qui se croyait secrètement invincible vit désormais totalement dépendant de soignants, de tubes et de machines. Et quand il sortira de l’hôpital après des mois, quel avenir lui restera-t-il, privé de son métier ? Le combat pour guérir et réapprendre les gestes les plus élémentaires en vaut-il vraiment la peine ?
Ce n’est pas tant les scènes de souffrances physiques qui serrent le cœur (elles sont fortes mais heureusement courtes) mais bien l’immense désarroi moral qui submerge Franck, sa mère, sa femme et même parfois le personnel soignant.
Pierre Niney et Anaïs Demoustier incarnent un couple confronté à l'épreuve.
Le rôle des personnages secondaires
Son épouse Cécile vit difficilement cette étape. Elle passe par des phases difficiles de rejet et elle s’en veut de ne plus être capable de l’aimer. Nous les accompagnons aussi avec le personnel hospitalier, admirable d’attention et de délicatesse, en particulier Nathalie, infirmière attentive, qui lui dit combien il a en lui les ressources pour s’en sortir.
Autour d’eux évolue une belle palette d’acteurs secondaires dont le médecin à la compréhension apaisante à qui Sami Bouajila prête toute sa bienveillance.
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Un tournant dramatique
Et puis on vit un tournant dans ce film à un moment dramatique, lorsque Frank est littéralement en train de basculer du haut de son balcon vers le vide, pour mettre fin à ses jours. Il est encore en équilibre sur la rambarde lorsqu’il a la vision de son corps de pompier écrabouillé au pied de l’immeuble. Et là, se fait en lui un déclic. Il réalise que le sens de sa vie est d’être auprès de sa femme et de sa fille. Il s’était jusque-là enfermé dans le rôle de victime désespérée. Il réalise tout d’un coup que sa famille compte sur lui et l’attend.
Reconstruction et acceptation
Après 24 opérations douloureuses, il décide aussi d’arrêter de courir après l’homme qu’il était. Il décide qu’il va accepter celui qu’il est maintenant, avec son visage qui porte les traces indélébiles du feu. Il décide de « reconquérir » sa femme et on le voit notamment profiter d’une fête de l’école pour se déguiser en clown et leur faire une surprise, à elle et ses enfants.
Ce film met en scène un couple qui doit réapprendre à s’aimer en vérité.
« Sauver ou périr », c’est l’histoire d’un homme qui doit tout réapprendre, marcher, manger seul, boire, parler mais qui doit surtout réapprendre à se regarder dans la glace, à se voir dans les yeux de ses amis, de ses anciens collègues, de sa femme. Franck doit accepter de ne plus être le même physiquement, professionnellement mais même plus que ça : de ne plus être le même tout court.
Le scénario insiste sur le parcours de Franck mais aussi sur l’accompagnement qui permet sa guérison : les infirmières, les kinés, les médecins, les amis, tout ceux qui l’aiment et veulent l’aider.
C’est là où le film trouve sa vraie dimension : Franck Pasquier n’est pas un héros valeureux et exemplaire, qui s’est courageusement relevé d’un drame abominable, c’est un homme qui doute, vacille, se montre injuste, flirte avec le suicide avant de se relever, une fois qu’il a compris qu’accepter l’amour et l’aide des autres le sauvera.
La performance des acteurs
Pierre Niney fait encore la démonstration (si elle était encore nécessaire !) qu'il est un des plus jeunes grands acteurs français. Il impressionne par sa justesse et sa faculté à tout jouer. Anaïs Demoustier lui renvoie bien la balle dans un rôle pas si simple que cela, voire parfois ingrat.
Le couple phare est harmonieusement composé de Pierre Niney dont l’abnégation et la générosité suscitent immédiatement l’empathie, et Anaïs Demoustier, bouleversante de douceur et de résignation dans son rôle de laissée pour compte qu’elle habille d’une myriade de nuances délicates.
Pierre Niney incarne avec Franck Pasquier toute la palette des sentiments, charmeur et invincible au début (et sacrément musclé, dis donc !), il passe une grande partie du film sous d’épais bandages et ne peut exprimer ses émotions que par la parole, un « maman » bouleversant par exemple. Une fois les bandages enlevés, il incarne un homme fermé, prisonnier de lui-même et de masque en plastique qu’il porte en permanence, comme un bouclier contre le regard des autres. C’est symboliquement une fois libéré de ce masque que le contact avec le monde extérieur redevient doucement possible.
Anaïs Demoustier, quant à elle, incarne une jeune épouse courageuse (jusqu’à un certain point, bien entendu), amoureuse mais désemparée devant cet homme méconnaissable dans tous les sens du terme. Leur couple survivra-t-il ? Peut-être que oui, peut-être que non, mais le personnage de Cécile est très fort, parfaitement tenu par une comédienne qui prouve qu’elle en a encore sous le pied en terme de performance.
Réception critique
Le nouveau long-métrage de Frédéric Tellier, qui retrace la vie d'un sapeur-pompier de Paris brûlé lors d'une mission, a reçu un accueil enthousiaste.
Pour L'Obs , « c'est raté ». « Il faut ajouter au sacerdoce du pompier qui risque sa vie pour sauver celle des autres celui de l'acteur qui se risque dans un mauvais film pour avoir un césar, déplore la rédaction. Pierre Niney veut sa seconde statuette. (...) Frédéric Tellier entend célébrer le courage d'un homme et d'un corps de métier.
Sauver ou périr peine également à convaincre les journalistes de L'Express qui lui mettent un 11/20. « S'(il) avait été réalisé outre-Atlantique, on aurait certainement dit : “Qu'est-ce que ça fait américain“. Entendez un récit sur un être blessé qui se reconstruit, magnifié par la prestation d'un comédien.
Qu'à cela ne tienne, Pierre Niney est un « bouleversant soldat du feu » pour Pierre-Yves Grenu de Culturebox : « Très premier degré, ce film réussi et émouvant s'assume en mélodrame. Les pompiers y sont présentés sous leur meilleur jour, leur quotidien est filmé magnifiquement, comme dans un documentaire (avec un mixage son de haut niveau qui renforce encore la crédibilité de séquences spectaculaires). (...) Au côté de Pierre Niney, Anaïs Demoustier joue elle aussi à un niveau élevé.
Préparation de Pierre Niney pour le rôle
Pendant quatre mois, je me suis entraîné tous les jours avec les sapeurs-pompiers. Frédéric Tellier ne voulait aucune doublure, donc à force de les suivre, j’ai pris 9 kilos de muscles. J’étais suivi par une nutritionniste car j'avais un véritable défi à relever, celui d'ensuite perdre le plus de poids possible au milieu du film pour incarner la déchéance de Franck après l'accident. C’était un challenge que je me devais d'accomplir pour me mettre dans la peau du personnage.
La grande séquence de l’incendie tournée avec du vrai feu, comme le voulait Frédéric, qui a duré une semaine. J'avais 40 kilos de matériel sur le dos, on respirait beaucoup de gaz toxique et on ressentait énormément la chaleur. C’était très dur physiquement mais ça valait le coup car cela donne une grande scène d’action, très intense et sensorielle.
C’est l’une des plus belles expériences que j’ai connues. C’est toujours délicat de jouer un couple, mais là c’était très naturel entre nous. On a été tous les deux bouleversés par les gens qu’on a rencontrés pour faire le film, comme les grands accidentés, les pompiers et leurs femmes. Une véritable connexion s’est tissée entre nous.
En conclusion
« Sauver ou périr » n’est pas un film qui existe pour donner des leçons d’héroïsme au monde entier, c’est un beau film sur le courage ordinaire d’un homme ordinaire confronté à un drame extraordinaire. En dépit de quelques critiques mitigées, le film offre une perspective touchante sur la résilience humaine et la force de l'amour face à l'adversité.