Analyse du roman "Un sac de billes" de Joseph Joffo

Publié en 1973, Un sac de billes s'inscrit dans la vague des témoignages sur la Shoah. Joseph Joffo y raconte son enfance juive sous l'Occupation. Ce récit autobiographique offre un regard unique sur la persécution des Juifs en France.

L'écrivain Joseph Joffo, auteur du célèbre Un sac de billes paru en 1973, est mort. Né en 1931 à Paris, il a passé son enfance à Montmartre, un quartier empreint d’une culture proche de la sienne : “C’était un melting-pot de réfugiés juifs polonais, roumains, allemands... Tous ces gens n’avaient qu’une chose en commun : ils parlaient le yiddish et avaient cette même volonté de refaire le monde” déclarait-il dans un entretien accordé au Parisien en mars 1998. Son père est alors coiffeur, une voie que le petit Joseph suivra lui-même plus tard.

Son premier livre, Un sac de billes (1973), avait ainsi été refusé par près de 15 maisons d’édition avant que Jean-Claude Lattès finisse par l’accepter. Il est pourtant devenu par la suite un véritable best-seller mondial, vendu à 22 millions d’exemplaires et traduit en 18 langues. Il a également fait l’objet de deux adaptations cinématographiques, dont l’une date de 2017 : c’est dire le succès durable de l’œuvre.

Couverture du livre Un sac de billes

Cette histoire relatant la survie de deux jeunes enfants juifs dans la France occupée, c’est la sienne : capturé par les SS à Nice avec son frère, Joseph Joffo sera sauvé par l’archevêque Raymond qui leur délivrera de faux certificats de baptême. C’est peut-être cette inscription autobiographique - présente également dans le reste de son travail - qui explique la réussite de l’œuvre : “On ne raconte bien que les choses que l’on ressent intimement”, confiait l’auteur au Parisien, toujours en 1998.

Un sac de billes est un roman autobiographique écrit par Joseph Joffo et publié en 1973. Il raconte l’enfance de l’auteur, de confession juive, pendant la Seconde Guerre mondiale. L’histoire prend place en 1941 lorsque la France est occupée par les forces de l’Allemagne nazie. L’action débute dans le 18e arrondissement de Paris à la Porte de Clignancourt, où Joseph et sa famille habitent.

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Son père, coiffeur, tient un salon avec l’aide de ses deux fils aînés, Albert et Henri, tandis que sa mère s’occupe de l’appartement juste au-dessus dans lequel ils vivent. On nous y présente Joseph et son autre frère Maurice, lui âgé de douze ans, s’adonnant aux jeux de billes avec grande passion.

Quelques temps après, le port de l’étoile jaune devient obligatoire et les enfants s’en voient coudre une sur leur veste. L’ambiance à l’école est subitement changée : Joseph ressent la gêne de ses professeurs qui ne l’interrogent plus, puis à la récréation les autres élèves l’excluent et se montrent violents envers lui et son frère Maurice. Face à ces persécutions, seul son copain Zérati tente de les défendre. Il propose d’ailleurs à Joseph de lui échanger son étoile contre un sac de billes.

Craignant pour la sécurité de sa famille, le père Joffo ordonne aux enfants de ne plus fréquenter l’école. Leurs parents devant encore rester pour régler quelques affaires, Joseph et Maurice partent seuls à la gare d’Austerlitz avec 10 000 francs en poche et sans papiers. Ils prennent un train en direction de Dax.

Les deux frères peinent à trouver une place dans les wagons bondés, et ils sympathisent avec une vieille dame qui leur offre une limonade. Arrivés à destination, le train s’arrête et des soldats allemands s’apprêtent à contrôler les voyageurs. La femme qui les a aidés est emmenée. Alors que les enfants croyaient y passer à leur tour, un prêtre assis à côté les prend sous sa protection : il montre ses papiers et dit aux soldats que Maurice et Joseph sont avec lui.

Les deux frères arrivent au village d’Hagetmau et vont manger dans un café. Ils y rencontrent un jeune passeur, Raymond, qui les aide à accéder à la zone libre. Il les guide jusqu’à une ferme dans laquelle ils pourront passer la nuit pour se reposer, le propriétaire laissant sa grange à disposition des réfugiés. Mais plutôt que de dormir, Maurice préfère s’activer à gagner un peu d’argent : ayant mémorisé le chemin indiqué par Raymond, il s’improvise lui-même passeur et parvient à gagner 20 000 francs en aidant une quarantaine de personnes.

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Le lendemain, ils partent de la ferme en direction d’Aire-sur-l’Adour. Après plusieurs heures de marche, ils croisent un homme - le comte de V - qui accepte de les prendre dans sa charrette pour les amener à destination. Joseph et Maurice y voient la mer pour la première fois et, en attendant leur prochain train, ils vont regarder un film au cinéma. De retour à la station, deux gendarmes interrogent Joseph et lui demandent ses papiers. Le garçon ment habilement et prétend que son père les a en montrant du doigt un parfait inconnu. Il l’aborde pour lever tout soupçon et parvient à monter dans le train sans encombre.

Les deux frères retrouvent finalement leurs aînés à Menton comme prévu. Après quelques jours de détente, ils se décident à trouver un emploi afin d’aider Henri et Albert à subvenir à leurs besoins. Maurice travaille dans une boulangerie, tandis que Joseph garde le troupeau du fermier Viale dans la montagne.

Mais un jour, ils reçoivent une lettre de leurs parents leur annonçant une mauvaise nouvelle : ces derniers ont été arrêtés par les autorités de Vichy et sont enfermés au stade de Pau. Henri part alors pour tenter de les libérer et, sur la demande de leur père, Joseph et Maurice retournent à l’école.

Une semaine plus tard, les parents Joffo sont relâchés et ils s’installent à Nice. Quelques jours seulement après le retour d’Henri, une autre mauvaise nouvelle tombe : Albert et lui sont convoqués pour effectuer le Service de Travail Obligatoire en Allemagne.

Nous sommes en septembre 1942 et la famille Joffo est enfin réunie à Nice. Joseph et Maurice retrouvent les bancs de l’école et ils sympathisent avec les soldats italiens présents dans la ville. À savoir que l’armée italienne n’adhère pas à la politique nazie d’arrestation systématique des Juifs. Les deux enfants mettent en place quelques trafics de nourriture qui leur permettent de gagner un peu d’argent en plus.

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Néanmoins le répit n’est que de courte durée : en 1943, l’Italie capitule et passe du côté des Alliés. Les soldats italiens quittent la France et les troupes allemandes reprennent le contrôle de la zone qu’ils occupaient. Des soldats et des membres de la Gestapo arrivent par centaines à la gare de Nice et la répression contre les populations juives s’intensifie brutalement : les dénonciations sont quotidiennes et les arrestations systématiques.

Sur les conseils de leur père, Maurice et Joseph partent pour Golfe-Juan en vue d’atteindre le camp d’éducation Moisson Nouvelle. Ils choisissent de suivre des cours de poterie, puis changent d’avis pour travailler en cuisine. Les deux frères se lient d’amitié avec un jeune garçon d’origine algérienne, Ange Testi, qui leur raconte son histoire. Ils décident alors de s’en inspirer pour préparer un faux alibi dans le cas où ils se feraient interroger par les soldats allemands.

Et ils ne croyaient pas si bien faire : à l’occasion d’une virée en ville gentiment proposée par l’intendant du camp, Ferdinand, ils sont tous les trois arrêtés par la Gestapo pour vérifier leur situation. Joseph et Maurice sont interrogés plusieurs fois, séparément. Mais leur plan élaboré en amont leur permet de ne pas se trahir : ils prétendent être des français catholique d’Algérie et nient continuellement d’être juifs, faisant passer leur circoncision pour une opération chirurgicale. Le médecin qui les examine confirme cette information.

Les deux enfants restent enfermés dans l’hôtel durant une longue semaine au cours de laquelle Joseph tombe malade. Le responsable leur pose finalement un ultimatum : ils doivent apporter leur certificat de baptême dans les deux jours, sans quoi ils seront déportés. Maurice est alors autorisé à sortir pour aller les chercher. De retour au camp Moisson Nouvelle, ils apprennent que leur père a été pris dans une rafle. Leur identité juive étant révélée, ils doivent donc s’enfuir de nouveau.

Joseph et Maurice partent d’abord en direction de Montluçon pour rejoindre leur sœur aînée, Rosette, qui habite non loin de là, à Ainay-le-Vieil. Mais du fait qu’il y ait un collaborateur dans le village susceptible de les dénoncer, elle leur explique qu’ils ne peuvent pas rester plus longtemps. Ils partent alors pour Aix-les-Bains en Savoie pour rejoindre leurs frères et leur mère, qui avait réussi à échapper à la rafle. N’arrivant pas à surmonter l’arrestation de son mari, elle ne tardera pas à remonter à Paris.

Nous sommes maintenant à la fin de l’année 1943. Maurice travaille dans un restaurant, Joseph est livreur de journaux et libraire chez M. Mancelier. Pétainiste et antisémite convaincu, il ignorera durant toute la guerre que son employé était juif. Les deux frères rejoignent la Résistance, et falsifient des tickets de rationnement pour gagner un peu plus d’argent. Le village est finalement libéré en août 1944. Par ailleurs, Joseph défendra son patron en prétendant qu’il savait qu’il était juif, afin de le sauver d’une mort certaine.

Après la Libération de Paris, il rentre dans la capitale rapidement suivi de son frère Maurice.

Joffo écrit pour transmettre la mémoire de cette période sombre. Son récit, à la fois personnel et universel, permet de comprendre les réalités de la guerre. Joseph et son frère Maurice quittent Paris pour échapper aux nazis. Leur voyage vers la zone libre est semé d'embûches. Chaque étape révèle les dangers et les espoirs des enfants juifs pendant la guerre. Leur périple est rythmé par des rencontres avec des personnes courageuses. Ces "Justes" leur offrent protection et soutien. Le récit se termine avec la libération de Paris. Joseph, désormais adulte, revient sur les lieux de son enfance.

Joseph incarne la résilience et la maturation forcée par la guerre. Maurice représente la force et la protection fraternelle. Son rôle est crucial pour la survie de Joseph. Les parents, arrêtés et déportés, symbolisent l'innocence brisée. Leur absence force les enfants à grandir trop vite.

Le récit alterne entre moments de terreur et d'espoir. Cette dualité reflète la réalité psychologique des victimes. Joffo écrit pour ne pas oublier. Son témoignage est un devoir envers les victimes. Les liens familiaux et l'aide des Justes sont vitaux. Ces solidarités montrent l'humanité dans l'horreur.

Que faut-il retenir d'Un sac de billes, la célèbre autobiographie romancée de Joseph Joffo ? « Dans cette nouvelle édition de notre analyse d'Un sac de billes (2014), avec Hadrien Seret, nous fournissons des pistes pour décoder cette émouvante histoire relatant la tourmente des années nazies. Notre analyse permet de faire rapidement le tour de l'oeuvre et d'aller au-delà des clichés.

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Ce récit dramatique a été adapté deux fois à l'écran. En 1975, Jacques Doillon décide de suivre assez fidèlement le roman de Joseph Joffo. Le héros du film, prénommé Joseph comme l'auteur, est admirablement campé par l'adolescent Richard Constantini.

En 2016, Christian Duguay décide de faire un remake de l'œuvre maîtresse de Joseph Joffo. La distribution est somptueuse. Patrick Bruel joue avec beaucoup de conviction le père des deux enfants traqués. On retrouve aussi dans cette récente adaptation trois acteurs de premier plan: Elsa Zylberstein, Kev Adams et Christian Clavier.

Dans un premier temps Le film devait être réalisé par Olivier Dahan, qui avait peaufiné le scénario, mais ce sera finalement Christian Duguay qui dirigera le tournage.

Voici un tableau récapitulatif des adaptations cinématographiques du roman :

Année Réalisateur Acteur principal (Joseph) Autres acteurs notables
1975 Jacques Doillon Richard Constantini -
2017 Christian Duguay Dorian Le Clech Patrick Bruel, Elsa Zylberstein, Kev Adams, Christian Clavier

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