Le Journal Télévisé : Définition et Évolution de la Rhétorique dans les Premières Années de la Télévision Française

À la fin des années 1940, de nombreuses influences ont façonné le « journal télévisé », notamment la presse, les actualités cinématographiques, le journal parlé, le photojournalisme et les conférences. Ces modèles, riches en pratiques et techniques, n'étaient pas facilement transposables à la télévision, d'autant plus que celle-ci intéressait peu les professionnels établis.

Bien que certaines télévisions étrangères aient une pratique plus ancienne et que l’Union européenne de radiodiffusion (UER) diffuse des modèles de représentation télévisée de l’information à travers l’Europe, c’est principalement en France, au niveau local, dans des équipes réduites et par le biais d'expérimentations limitées, que le journal télévisé s'est construit comme une nouvelle forme d’information au début des années 1950. Ce modèle a jeté les bases du journalisme télévisé et a contribué à définir la place du téléspectateur dans le pacte télévisé.

Pierre Tchernia et Pierre Sabbagh "L'histoire du journal télévisé" | Archive INA

Cet article propose une analyse des dispositifs de mise en scène et de présentation des informations, en se concentrant sur les questions suivantes : Comment s’adresse-t-on à un public absent à travers des images et des mots liés à l’actualité ? Que recouvre cette notion d’actualité dans le cas des journaux télévisés de ces premières années ? Quels dispositifs ont été mis en place ? Quelles formes verbales, corporelles et esthétiques ont été construites ? Quelles en étaient les références plus ou moins implicites ? En résumé, quelle est la rhétorique du journal télévisé de ces premières années ?

Méthodologie et Sources

L’ouverture du dépôt légal de la radio-télévision a permis d’accéder à une série de journaux télévisés conservés par l’Institut national de l’audiovisuel. L'objectif n'est pas de vérifier ce qui est déjà connu sur le journalisme de la télévision française des années 1950 et 1960, comme son inféodation au politique, son manque d'autonomie et la pénurie de moyens matériels et financiers. L'objectif est de mettre sur pied une grille d’analyse de la rhétorique des journaux télévisés. L’étape ultérieure consisterait à vérifier si cette grille peut également s’adapter à des analyses des autres médias, la presse et la radio, et d’en faire alors la comparaison.

Le fonds des archives de la télévision est d’une grande richesse, mais il n’a pas été constitué à des fins de recherche et les documents ont été conservés pour une réutilisation par les professionnels. Les journaux télévisés étaient ainsi systématiquement découpés en sujets, et seuls les éléments jugés réutilisables étaient conservés et sont aujourd’hui disponibles ; le reste, ainsi que les interventions sur plateau étaient détruits. Ce n’est donc que dans des conditions extraordinaires que des journaux ont pu être retrouvés dans leur intégralité. Pour la période qui nous intéresse, l’INA conserve environ une douzaine de journaux télévisés entiers, c’est ceux-là que nous avons étudiés principalement, en plus de sujets ou d’extraits.

Lire aussi: Le Journal Télévisé Français

Cela pose la question de la représentativité de l'échantillon. Cependant, il est supposé que la rhétorique du journal n’évolue que très progressivement et que ses évolutions s’inscrivent dans la durée. Par exemple, le décor ou l’organisation des tours de parole n’étaient pas changés au jour le jour, assurant une permanence relative de ces formes et dispositifs.

L'analyse se concentre sur la période 1956-1965, en s'appuyant sur l’analyse détaillée de quatre journaux du soir : ceux des 21 novembre 1956, 28 septembre 1958, 29 novembre 1962 et 7 août 1965. Ces années représentent la deuxième décennie d’existence du journal télévisé, une période où la télévision ne dépend plus entièrement des caméras personnelles de ses techniciens et où le nombre d’images disponibles a augmenté. Le journal télévisé a été expérimenté en juillet 1949 avec le Tour de France et a démarré officiellement le 2 octobre dans une grande indifférence. En novembre 1954, les reporters qui commentent les images font leur apparition à l’antenne, marquant les débuts de la professionnalisation.

Questions Clés et Structure de l'Analyse

Cette analyse historique pose quatre grands types de questions :

  1. Comment le journal découpe-t-il la matière dont il est composé ? Comment passe-t-on d’une rubrique à l’autre, d’un locuteur à un autre, d’une forme à une autre ?
  2. Qui parle et d’où ? Comment sont mis en scène les corps et les décors qui nourrissent le journal ?
  3. Qui fait autorité, qui fait foi ? Quel est le système de preuves mis en place pour fonder les assertions ?
  4. Quelle place assigne-t-on au téléspectateur ? Lui parle-t-on ? Sur quel ton ? Comment se met en place le triangle entre un journaliste, un téléspectateur et un tiers, l’actualité et ses porte-parole ?

Thématiques des Journaux Télévisés

L'échantillon et la méthodologie ne permettent pas une analyse détaillée de la couverture de l’information, mais on retrouve les spécificités décrites par l’historiographie : l’importance de la couverture des actualités étrangères, l’absence d’équilibre politique entre les différents partis, et le « remplissage » de certaines séquences. Les sujets « pittoresques » étaient fréquents, allant de vedettes montrant leur genou à la descente d’avion à des pelletées de terres et poignées de mains. L'échantillon comporte aussi de telles séquences, comme l’empierrage des routes aux Pays-Bas ou le fonctionnement d’une machine à tester les brosses à dent et les stylos à bille.

Outre le poids des informations étrangères, le déséquilibre partisan et l’importance de l’anecdote, on note aussi la rareté des informations économiques, la place très significative du sport et le rôle central de la météo.

Lire aussi: L'histoire du premier journal télévisé en couleur

Découpage et Structure du Journal Télévisé

Un journal se définit par son organisation, sa hiérarchisation des rubriques et sa régularité. L’analyse des trames des journaux télévisés montre que l’organisation générale est assez fluctuante. Les nouvelles ne sont pas présentées selon un ordre fixe, ni en fonction de leur qualité ou de leur importance présumée. On peut très bien commencer par l’international, revenir à la France, puis repartir à l’étranger. De même, les séquences politiques peuvent être intercalées entre des sujets culturels ou anecdotiques.

Dans les premiers journaux, les nouvelles s’enchaînent sans annonce préalable. En 1956, il n’y a ni sommaire, ni annonce des sujets à venir. En 1962, le journal donne à voir dès les premières images un ordre : après le panneau d’ouverture, six cartons illustrés explicitent les nouvelles les plus saillantes. Ensuite seulement, arrivent les salutations du journaliste. Une hiérarchie et un « ordre d’urgence » se mettent ainsi progressivement en place. L’ordre de présentation n’est plus seul à fixer l’importance respective des nouvelles : celle-ci est soulignée et explicitée par les présentateurs. On voit là que la place du téléspectateur est ainsi redéfinie.

Dans le corps du journal, les enchaînements et les transitions entre deux informations sont assez lâches, comme en témoigne la formule emblématique : « Voici deux nouvelles qui n’ont pas forcément de rapport avec ce qui précède. » Les liens entre les sujets font principalement recours à un nombre limité de formules répétitives, comme l’entrée en matière brutale (« Sur la réunion de l’ONU ») ou la formule minimale qui établit un lien purement chronologique (« Après ce très long multi-sujet hongrois »). Parfois, de simples cartons annoncent le nouveau thème ou le lieu de la correspondance, servant de transitions.

Le téléspectateur peut également être surpris par le rythme du journal, qui bat une mesure chaotique. La durée de traitement des différentes informations est très variable au sein d’un même journal. De même, le nombre total de sujets traités varie considérablement d’un journal à l’autre. Bien souvent, le générique de lancement du journal télévisé sur TF1 démarre à 19 h 59, soulignant la suprématie de la chaîne.

Le Média : Un Exemple de Journalisme Engagé

Depuis la fin du XXe siècle, les médias alternatifs investissent le paysage médiatique. Ces médias, souvent de petites structures, cherchent à préserver leur indépendance économique et développent leur couverture médiatique autour des problèmes publics et des débats sociaux. Le Média, une web-télé créée en 2017, est un exemple de cette tendance.

Lire aussi: Les Journalistes de France 3

Le Média se positionne en opposition aux médias traditionnels, se voulant « engagé » à travers sa ligne éditoriale et son système de financement. La composition de ses « Autre 20H » révèle une focalisation sur la lutte sociale et l’international. Les grèves et les mouvements sociaux font l’objet d’une chronique hebdomadaire, et une part importante des sujets traités concerne les Gilets jaunes. Cette lecture sociale amène à la question de l’objectivité, que les journalistes interrogés semblent vouloir discuter spontanément, revendiquant leur subjectivité à travers plusieurs techniques rédactionnelles.

Pendant deux ans, le journal est l’émission phare de la grille du Média. La direction et les équipes techniques choisissent de garder les conventions rhétoriques et scéniques des journaux traditionnels, calquant les dominantes chromatiques, la musique, le décor du plateau et l’habillage sur les éléments scéniques conventionnels des journaux télévisés.

Studio de journal télévisé

Exemple de studio de journal télévisé moderne

Le Décor : Un Élément Clé de la Mise en Scène

Le décor, défini comme l'ensemble de ce qui sert à orner, parer et embellir, joue un rôle crucial dans la mise en scène du journal télévisé. Il comprend les ornements, les peintures, les meubles et les accessoires utilisés pour créer l'environnement visuel de l'émission. Le décor peut aussi avoir une fonction symbolique, reflétant la philosophie de la chaîne en matière d'information.

Dans le contexte des spectacles télévisés, le décor désigne les peintures et accessoires qui figurent le lieu où se passe l'action. Il peut s'agir d'un décor naturel, comme un paysage, ou d'un décor panoramique, créé artificiellement pour donner une impression de mouvement. Le décor sonore, quant à lui, ajoute une dimension auditive à l'atmosphère de l'émission.

Au-delà de son aspect esthétique, le décor peut également influencer la perception du téléspectateur et renforcer l'impact du message. Il contribue à créer une ambiance particulière, à établir une crédibilité visuelle et à soutenir la narration de l'information.

Tableau Récapitulatif des Éléments Clés du Décor dans le Journal Télévisé

Élément du Décor Fonction Exemples
Ornements et Peintures Embellissement et création d'ambiance Tableaux, lambris, dorures
Mobilier Fonctionnalité et esthétique Tables, chaises, bureaux
Accessoires Symbolisme et narration Objets décoratifs, écrans, cartes
Éclairage Création d'atmosphère et mise en valeur Lumières directes, lumières indirectes
Décor Sonore Ambiance auditive et renforcement de l'impact Musique, bruitages

tags: #decor #journal #televise