Le 29 juin 1949, le premier journal télévisé (JT) était diffusé en France, marquant un tournant dans l'histoire des médias et de l'information. Créé par Pierre Sabbagh, ce JT a rencontré des défis qui restent pertinents pour les journalistes d'aujourd'hui. Cet événement a été souligné dans l'édition du 29 juin 1949 du journal Le Monde, qui y a consacré une vingtaine de lignes.
Ce « Journal télévisé » (JT) devait être diffusé chaque soir de 21 heures à 21 h 15 - sauf le mardi et le dimanche. Il devait être constitué de reportages filmés, notamment du Tour de France qui partait le lendemain.
Précisément, après visionnage, le lendemain, le même quotidien est enthousiaste. Il écrit même : « Cela risque de poser, aux dires de certains, d’inquiétants problèmes pour la presse filmée [les “Actualités” que l’on voyait chaque semaine au cinéma], voire même pour la presse tout court. » Tout est dit.
Les moyens d’information classiques découvrent un concurrent puissant. Alors qu’il n’a que quelques heures d’existence, et à peine quelques centaines de spectateurs potentiels en région parisienne, il est déjà jugé en mesure de bousculer tout l’équilibre éditorial de l’époque. Voilà qui n’est pas sans évoquer la sourde angoisse du monde d’aujourd’hui, où l’on prédit à tout-va la mort de l’un ou de l’autre face au numérique. Et ce troublant parallélisme ne s’arrête pas là…
Quelques 70 années plus tard, en additionnant l’audience des trois principaux journaux du soir (les 20h de TF1, de France 2 et le 19/20 de France 3) on comptabilise en moyenne une douzaine de millions de téléspectateurs devant leur poste pour y suivre les actualités.
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Les Débuts Difficiles et l'Évolution du JT
Le premier journal télévisé lancé par Pierre Sabbagh le 29 juin 1949 n'avait pas de présentateur, il était diffusé à 21 heures sous la forme d'un reportage sonorisé et commenté en direct. A l’époque la télévision n'est pas démocratisée et seulement 1 % des français y ont accès.
« Ça ne s'est pas très bien passé », racontera-t-il des années plus tard. Et pour cause : le ballon a pris feu.
Il faut attendre 1954 et l'arrivée de caméras sonores pour que la forme change. Désormais, des présentateurs apparaissent à l'écran et le journal est diffusé à 20 heures.
Ce n'est qu'en 1971, que le concept de présentateur vedette, venu des Etats-Unis, est appliqué chez nous. Joseph Pasteur raconte alors ce qui se passe dans le monde avec un prompteur, en regardant le téléspectateur les yeux dans les yeux.
Le journal télévisé évolue encore à partir de 1975, sous l'impulsion d'Yves Mourousi et de son "13 heures" sur la première chaîne, le journaliste multiplie les grands directs au bout du monde.
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En 1981, le 20 heures se féminise avec Christine Ockrent, qui a la responsabilité de ce journal en alternance avec Patrick Poivre d’Arvor.
Dernière grande révolution : les chaînes d'info en continu font leur apparition au milieu des années 90 : LCI et CNEWS puis BFMTV au début des années 2000.
Le 15 septembre 1967, la deuxième chaîne de l'ORTF (nationale depuis 1964) lance son premier JT mais rassemble alors peu de spectateurs. Surtout qu'en face, c'est Léon Zitrone qui officie au JT, premier d'une longue liste de stars du journal télévisé.
La télé est alors en plein boom : 10 % des foyers possèdent un récepteur à la fin des années 1950, plus de 60 % dix ans plus tard et quasiment tous au milieu des années 1980.
TF1 est privatisée le 16 avril 1987 sous le gouvernement Chirac, qui l'a vendue au géant du BTP Bouygues. S'ajoutant aux toutes jeunes Canal +, la Cinq et M6. La concurrence devient le lot des JT.
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« C'est à partir du moment où il y a privatisation, de l'argent qui rentre, une bagarre des annonceurs, que tout se joue, tout se débloque », raconte le journaliste Claude Sérillon dans le documentaire Le JT toute une histoire. « On vous demande, petit à petit, d'avoir une stratégie commerciale », ajoute-t-il.
Cette petite révolution de l'info en annonce d'autres avec l'arrivée du câble et du satellite, puis celle de la TNT, la concurrence des chaînes d'information en continu et d'internet, qui leur volent régulièrement de l'audience...
A partir de ce lundi sur France 2, le journal télévisé de 20h change de format et s'allonge à une heure. Une petite révolution dans l'univers des JT du soir, sur nos écrans depuis plus de 75 ans et toujours en mouvement. On rembobine.
Des images muettes, sans présentateur : le premier journal télévisé est diffusé sur l'unique chaîne le 29 juin 1949 à 21h, dans une France où moins de 1 % des foyers sont équipés de téléviseurs. Un journaliste en cabine y commente les images de la Kermesse aux étoiles de la 2e Division Blindée puis le créateur du JT, le journaliste Pierre Sabbagh, y survole Paris en montgolfière.
« Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, bonsoir ! » : cinq ans plus tard, en 1954, le journal gagne 20h et décroche un visage. Ou plutôt des visages : plusieurs journalistes se succèdent à l'antenne, parmi lesquels Georges de Caunes, Pierre Dumayet, Claude Darget.
Autre nouveauté, l'arrivée des premières caméras sonores ouvre la voie aux interviews, notamment politiques.
Le 20 avril 1963, le ministre de l'Information en personne, Alain Peyrefitte, vient présenter la nouvelle formule du JT qu'il a imaginée. Son idée : donner la priorité à l'image, aux spécialistes et aux témoins.
Un tel « lancement » est symbolique de la dépendance de la télévision face au pouvoir politique, souligne Jérôme Bourdon dans son Histoire de la télévision sous de Gaulle. Vous gardez la possibilité de retirer votre consentement à tout moment en consultant notre politique de protection des données.
Dont Roger Gicquel et son fameux « La France a peur ! » en 1976 sur TF1 (née l'année précédente, à la fin de l'ORTF) ou Yves Mourousi et ses directs (en duo avec Marie-Laure Augry), puis Christine Ockrent et Patrick Poivre d'Arvor.
A l’époque la télévision n'est pas démocratisée et seulement 1 % des français y ont accès.
Mais 70 ans après le tout premier journal télévisé français, où en est-on ? Que reste-t-il de l’esprit des pionniers ? Comment les journalistes ont-ils réussi à se libérer du poids du ministère de l’information ? Aujourd’hui, face aux réseaux sociaux, aux chaines d’informations continues, quelle place les JT occupent-ils ? Et comment se fabrique un journal télévisé ?
Les journaux télévisés du soir sont en moyenne suivis par 15 millions de téléspectateurs.
Retour sur la grande et la petite histoire du journal télévisé.
Pierre Tchernia et Pierre Sabbagh "L'histoire du journal télévisé" | Archive INA
Désormais, des présentateurs apparaissent à l'écran et le journal est diffusé à 20 heures.
Joseph Pasteur raconte alors ce qui se passe dans le monde avec un prompteur, en regardant le téléspectateur les yeux dans les yeux.
Le journaliste multiplie les grands directs au bout du monde.
Culte: Yves Mourousi présente le 13h en direct de Pékin | Archive INA
Election présidentielle Française 1981, annonce résultat
19/20 : EMISSION DU 17 JANVIER 1991
D’autres catastrophes et attentats suivront à New York ou Paris et quelques moments de joie aussi, comme ces images d'un bus avalé par la foule sur les champs Elysée un jour de juillet 1998.
France 98: Les Bleus sur les Champs Elysées | Archive INA
Le JT a encore de l'avenir
Le JT va-t-il survivre ? On peut se poser la question avec l'avènement des réseaux sociaux et le développement des chaines d'infos. Ces évolutions modifient surtout la manière de traiter l'actualité. Le rythme s'accélère.
Cette frénésie n'a pas encore eu raison des journaux télévisés. Ils restent suivis chaque soir par plus de 15 millions de téléspectateurs en moyenne.
Le 29 juin 1949, le premier journal télévisé de France était lancé par Pierre Sabbagh.
Quelques 70 années plus tard, en additionnant l’audience des trois principaux journaux du soir (les 20h de TF1, de France 2 et le 19/20 de France 3) on comptabilise en moyenne une douzaine de millions de téléspectateurs devant leur poste pour y suivre les actualités.
A l'époque, l'omniprésent ministre de l'Information, qui vient en 1963 présenter lui-même la nouvelle formule du journal, recevait chaque soir, sur son bureau, le texte du JT.
Et comment se fabrique un journal télévisé ?
Pierre Tchernia "Comment fabriquer le journal télévisé ?" - Archive INA
Figures Marquantes et Événements Clés
Les présentateurs, qui font leur apparition à partir de 1954, vont contribuer à populariser ce rendez-vous, qui débute désormais à 20 heures pile. « Au départ, ils étaient plusieurs autour de la table. Il y avait Georges de Caunes, Pierre Dumayet, Claude Darget ou plus tard Philippe Gildas.
Il a fallu attendre novembre 1971 pour que Joseph Pasteur soit le premier présentateur du journal en solo, avec un prompteur », se souvient Hervé Brusini. Mais la vraie première star de l'info, c'est Léon Zitrone.
Cette figure majeure de l'histoire de la télé y trônera pendant plus de vingt ans, entre 1959 et 1975 puis de 1979 à 1981. Il inspirera une ribambelle de grandes figures du journalisme : Jean-Pierre Elkabbach, Roger Gicquel, Patrick Poivre d'Arvor, Christine Ockrent, Yves Mourousi, Jean-Pierre Pernaut, Claire Chazal, David Pujadas…
Parmi les séquences qui ont le plus marqué les Français : Simone Veil, ministre de la Santé, prononçant son discours sur le projet de loi en faveur de l’avortement, à l’Assemblée nationale le 26 novembre 1974.
Comme en témoignent les séquences choisies par les téléspectateurs ces dernières semaines sur le site de l'Institut national de l'audiovisuel (INA), les Français associent surtout le journal de 20 heures aux grandes actualités du siècle.
« Les Français découvrent le monde via le petit écran. C'est un média de communion nationale, qui fait partie intégrante de la vie de notre pays dans les moments joyeux, comme la victoire de l'équipe de France en 1998, comme dans les moments de deuil, lors des terribles attentats du 13 novembre 2015 », conclut Hervé Brusini.
Les images de la France remportant la Coupe du monde, le 12 juillet 1998 au Stade de France, sont elles aussi restées gravées dans les mémoires.