45 Tours : Une Émission de Télévision Plongée dans l'Histoire du Rock des Années 60

Au début des années 60, un nouveau genre musical, le rock, agite la jeunesse. C’est une vieille et belle histoire d’amour qui finit. Depuis le 3 mai, on ne fabrique plus de 45 tours.

45 tours

Un Contexte Historique Marqué

1945 : Les armées alliées écrasent les nazis, et le monde croit qu’une ère nouvelle s’ouvre. On croit au bonheur, et les naissances augmentent. Les temps sont appelés à changer, et les industries du spectacle acquièrent une place neuve, sous «leadership» américain. Hollywood fait rêver tandis que de nouvelles sonorités apparaissent, marquées par l’électricité et le rythme des musiques négro-américaines.

L’enregistrement et la reproduction du son ont accompli de singuliers progrès. Relégué le phonographe, place au microsillon qui sort en 1948 des laboratoires de CBS. Incassable, d’une qualité sonore incomparablement supérieure, plus long, il présente en outre l’estimable avantage, sur le 78 tours finissant, d’être disponible pour une production en masse.

L'Émission "45 Tours" : Une Plongée Captivante

Je viens de commencer à regarder cette série et je suis complètement emballée !!! La réalisation est vraiment brillante, les acteurs sont tous excellents et l'histoire est prenante. Une très, très belle série, pas assez mise en avant sur Netflix et qui semble passer à côté du succès qu'elle mérite. Les acteurs sont très bons. Le rythme est un peu rapide, parfois. Une bonne série !

L'histoire est bien connectée au contexte de l'époque (l'Espagne au début des années 60, sous Franco, avec notamment la surveillance et la censure des artistes) et elle gagne en intérêt et en intensité au fil des épisodes.

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Résumé : Madrid, années 1960. Le producteur de musique Guillermo Rojas lance un label rock ’n’ roll, aidé de Robert, un chanteur en devenir, et de sa brillante assistante Maribel.Est-ce que 45 tours aura le même destin que sa congénère ? On le souhaite ardemment, car en l’état l’affaire est mal barrée.

45 tours part d’un pitch a priori joyeux : Madrid, 1962. Un producteur convainc le boss de Golden, maison de disques qui fait dans la variété traditionnelle et autres flamencos, de créer un label rock, Futura, pour lancer Robert, un jeune qu’il a découvert dans un club. Sauf que, malgré un semblant d’assouplissement, avec, par exemple, l’ouverture du pays au tourisme, le franquisme tourne à plein tube (façon de parler) : les médias sont sous contrôle, tout artiste, du magicien de rue au joueur de castagnettes, est tenu d’avoir un permis d’exercer, délivré par un service à la botte du régime et chaque disque, avant enregistrement, doit être visé par la censure.

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Les Coulisses de la Production

La série s’ouvre pourtant dans un Madrid joyeux et festif, où le rock commence à faire son trou. Le premier épisode donne ainsi le « la » d’une grammaire artistique de haute volée, qui inévitablement fait penser à Mad Men, avec une reconstitution du début des sixties ultra détaillée : fringues, mobiliers, pléthore d’accessoires, voitures, décors variés, et bien entendu personnages enchaînant clopes sur clopes, bières et alcools divers.

La réalisation sublime le tout par un usage du split screen, qui peut sembler répétitif, mais devient un gimmick balisant chaque épisode, en repères temporels ou spatiaux. Une grande partie est filmée caméra épaule - ou tout du moins peu stabilisée - à coup de jump-cuts, cadres serrés sur les personnages, et longues focales pour des arrières plans ultra flous.

Une Narration Complexe et Intense

Sauf que 45 tours n’est pas, et loin s’en faut, qu’un simple et brillant exercice artistique. Les premiers épisodes passés, qui installent dans une ambiance débridée une vingtaine de personnages clés, 45 tours s’avère bien plus complexe, via ses multiples intrigues et une écriture plus nourrie que les accords de base du rock’n’roll (*). Tellement nourrie que l’équipe des dialoguistes a dû finir la saison sur les rotules : ça n’arrête pas, à un débit parfois infernal (ça se passe à Madrid), justifiant ainsi plans serrés et caméra épaule.

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Au fil des épisodes, les situations et rebondissements s’enchaînent non stop, au rythme des concerts, fans hystériques, répétitions et séances studio. « Avoue, ma veste en cuir et mon pull à col roulé, t’en crèves d’envie ?

Une Comédie Dramatique Amère sur les Années Franco

La seconde couche est plus sombre. Via les intrigues secondaires, mais indispensables au récit, 45 tours est aussi une amère comédie dramatique sur les années Franco. La série dresse ainsi le triste portrait de femmes soumises et dépendantes de leurs maris, ou d’homosexuels risquant bien plus qu’un passage à tabac par les flics ou la prison : un séjour en établissement « spécialisé » dont généralement on ne revenait pas. Auxquels s’ajoutent les mascarades et contorsions des uns et des autres, pour faire plaisir au Caudillo.

Iván Marcos

Un Casting Éblouissant

L’interprétation est excellente, à commencer par le trio principal : Guiomar Puerta dans la peau de Maribel, assistante en pleine émancipation, Iván Marcos en patron de label, sorte de Don Draper du rock, version madrilène à polo col roulé, éponge à scotch et vodka, au débit de mitraillette et n’en faisant qu’à sa tête ; enfin, Robert interprété par Carlos Cuevas, qui doit en faire chavirer plus d’une, outre Pyrénées. « Ah, parce que maintenant une femme va m’expliquer comment on enregistre ?

Malgré un ou deux rebondissements trop faciles et un nœud dramatique annoncé dès le début, générant quelques scènes bien mélo, 45 tours est non seulement une réussite, mais une série bien transgressive. Si la reconstitution des sixties est d’une grande qualité, en revanche, côté musical, les créateurs ont été sacrément gonflés, puisqu’à notre Robert, ils lui font chanter, en 1963, du Queen et nous servent même du Lady Gaga !

On avoue être surpris par le « silence » de Netflix sur cette production. On dira que la plateforme devait être trop occupée par la sortie, le même jour, de la saison 2 de Mindhunter. Nous espérons que 45 tours trouvera son public et que le bouche à oreille fera son œuvre, afin qu’une suite voie le jour. Car bien que la série soit « bouclée » (comme d’ailleurs la première Casa de papel), elle laisse assez de portes ouvertes sur l’avenir de Futura et de son écurie d’artistes.

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Génériques de Séries : Un Art en Soi

Pour l'industrie du disque, la série a été longtemps vue comme un bon filon à l’époque du 45-Tours et du mange-disque triomphant. Alors deux jours avant la fête de la musique, Faim de séries fait tourner la platine et déguste les séries du début jusqu'à la fin, génériques chantés compris ! Un bon générique de série c'est important, c'est comme une belle couverture de livre, une typo élégante et un visuel engageant qui donne envie de se plonger dans le récit.

Et à une époque pas si lointaine, un bon générique de séries engageant et élégant c'était souvent : le sourire et le brushing d'une actrice, la moustache et l'air malicieux d'un acteur. Et aussi Danièle Evenou qui dansait par ci, par là dans les rues de Paris dans le générique de Marie Pervenche ! Chanter un générique, c'était pendant longtemps un véritable genre en France Souvenez-vous, pendant que Sébastien trouvait que Belle, était si Belle, qu'en la voyant ... "On s'est aimé" Johnny célébrait Les Chevaliers du ciel "heureux de leur sort" et d'autres Les Brigades du Tigre de M'sieur Clémenceau ou encore M'dame Maguy qui voyait souvent rouge.

Une telle tradition que les comédiens et comédiennes donnaient de la voix et chantaient aussi leurs personnages et il n'y a pas eu que Danièle Evenou mais aussi Véronique Jannot dans Pause Café, Sady Rebot, le Papa Poule, etc. Un bon générique vintage c’était donc souvent une chanson et un air que l’on sifflote encore à la moindre évocation d’un souvenir cathodique !

Si dans un premier temps, les génériques étaient purement informatifs, une voix off qui rappelait le concept de la série sur une musique identifiable, très vite, le montage de scènes clefs a pris le relais avec des arrêts sur image cultes : ici, un personnage au sourire plus ou moins machiavélique, face caméra, ou là, deux flics en pleine action; le bond platine et le brun frisé, "Starring David Soul and Paul Michael Glaser in Starsky & Hutch, les nouveaux justiciers aux grands cœurs mais qui n’ont jamais peur de rien" !

Les flics un peu rêveurs et rieurs qui gagnent toujours à la fin sautaient ou glissaient sur le capot de leur voiture sur une chanson en français dont on se souvient encore des paroles alors qu’aux États-Unis, le générique n’était qu’un air urbain des 70's. Mais pourquoi en France a-t-on changé la musique d'origine pour une chanson ? Pour faire chanter dans les cours d'école et surtout pour que l'on achète un 45 tours !

Fin 70, la télé multiplie les programmes et l’industrie du disque y voit un intérêt économique évident pour toucher les plus jeunes, un générique c’est comme un clip qui passe gratuitement tous les jours à la télé… Ajoutez à ça, le fait qu’une chanson en VF c’est autant de droits d’auteurs pour des artistes français, des diffuseurs et des producteurs spécialisés dans le genre tels que Haïm Saban et Shuky Levy se sont lancés dans l'aventure pour le plus grand plaisir des enfants des années 80.

Après le Prince de l'Espace qui accourt pour nous sauver en 1978 dans Goldorak qui a été un hit, Saban Records s'impose comme l'un des principaux fournisseurs de chanson de séries animées mais aussi de générique de séries américaines de L'Agence tous risques chantée par Noam à Pour l'amour du risque de Jonathan et Jennifer, les justiciers milliardaires, célébraient par Lionel Leroy.

Pour ces chansons deux options. Pour le public français soit on invente comme pour Starsky & Hutch ou Dallas des chansons 100 % made in France ou alors comme pour L'Homme qui Tombe à Pic ou Arnold & Willy, on garde la musique originale mais on réécrit les paroles en français ... Car il faut de tout, c'est vrai, faut de tout, tu sais, faut de tout pour faire un monde ... de séries ! Avec le temps, tout s’en va et on chante moins, en France, ça ne se limite plus que dans les feuilletons quotidiens comme Plus Belle la Vie ou Un si grand soleil.

Plus généralement, aux États-Unis, sur le câble, les génériques sont devenus de purs objets esthétiques soutenus par un thème musical instrumental efficace et puissant (Game Of Thrones ou The Leftovers par exemple) et sur les chaines gratuites, la part des espaces publicitaires a augmenté et les créateurs, afin de garder du temps pour leurs récits, ont fait le choix de se limiter à une simple jingle, rogner sur les génériques et un peu de fait … sur la mémoire épisodique des téléspectateurs.

Disponibilité en Streaming

  • 45 tours est disponible dans Espagne et Mexique sur Atres Player, Atresplayer Amazon Channel.

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